Transsexualité

08/02/2013 à 15:23

Pskl5935

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Bon, j'ai envie de répondre à ce post de Lolotte en me basant sur les apports des sciences humaines, et en particulier sur celui de la psychologie sociale. Je ne suis pas spécialiste du genre en tant que tel, et je ne reprendrai pas les différents arguments que vous apportez, mais j’avais envie de vous faire part de ce que vos réflexions évoquent pour moi, en les replaçant dans un cadre plus théorique qui j'espère aidera à la compréhension. Je vais essayer d’être court tout en étant précis, mais forcément j’oublierai des choses… J’espère ne pas paraître trop pontifiant, et pardonnez-moi si le style est ici un peu académique, cela vient de ma formation. J’ai simplement envie de partager mes savoirs avec vous. J’espère être clair…

 

Tout d'abord, et c’est peut-être une évidence pour vous, ce ne l’est pas pour tout le monde, croyez-moi,  j’avais envie de redire ici que si le sexe est biologique, le genre relève de la construction sociale. En tant que tel, la notion de genre renvoie donc à des schémas culturels, à des systèmes de normes et de valeurs qui les sous-tendent. Sur le plan théorique, les norme sont définies par Sherif dès 1936 comme des prescriptions qui nous guident en ce qui concerne les manières depenser, percevoir, sentir, etagir. En d’autres termes, les normes cadrent l’ensemble des activités humaines. Les personnes ne s’aperçoivent en général pas de leur présence, car le cadre qu’elles fournissent est assez large (par exemple je peux choisir de m’habiller de telle ou telle manière, mais pas quand je vais dans une soirée « habillée » ; bien que là aussi j’aie une certaine latitude), et les normes s'appliquent dans la quasi-totalité des cas en automatisme. Les normes peuvent être descriptives et injonctives. Les premières caractérisent la perception de ce que la plupart des gens font, les secondes la perception de ce que la plupart des gens approuve ou désapprouve (Cialdini, Kallgren, & Reno, 1991). Selon Nicole Dubois, on peut repérer trois pôles dans la définition de la norme en psychologie sociale : un pôle de la contrainte (lois, règles, règlements…), un pôle de la pratique (coutumes, habitudes sociales, conventions…) et un pôle de la valeur (modèles sociaux, jugements de valeurs). Tout ça pour dire que les réactions que les gens ont face au phénomène transgenre, ou face à la transsexualité, ou encore face à la sexualité en général, eh bien cette réaction est dans un premier temps inévitable, puisque l’application des normes se fait en total automatisme. D’ailleurs, bien que l’on pense et aime se croire conscient de nos actes et contrôlant notre environnement (je vous renvoie à ce que l’on appelle la Psychologie du contrôle et la norme d’internalité –n’y voyez pas là de jugements de valeurs, ce sont des champs de recherche en psychologie sociale) pas loin de 98% de notre vie sociale se passe en automatismes. Sinon on ne pourrait tout simplement pas rencontrer autrui et nous adapter les uns aux autres. Bref, si nous sommes des personnes, des individus, il me semble évident que nous sommes aussi des constructions sociales. Et parfois, il arrive que ce que nous sentons être ne « colle pas » avec la construction dominante. C’est évidemment là qu’arrivent les questionnements identitaires, les rapports à la norme, les jugements de valeurs, et où la personne peut se demander où est sa place. Car il y a un grand paradoxe chez l’humain, et cela semble « universel », transculturel (ça a du moins été démontré clairement en 2003) : chacun d’entre nous a à la fois le besoin d’être perçu comme un individu particulier, tout en ayant besoin des attaches groupales et/ou catégorielles.

 

Alors maintenant, parler de genre (ou de sexe) fait obligatoirement référence aux processus de catégorisation. Souvent les gens évaluent négativement le fait de catégoriser, de classer. Mais c’est une activité psychologique normale, qui a une fonction adaptative. Chez l’homme, cette catégorisation est sociale parce qu’elle nous amène également à classer autrui suivant des critères sociaux (idéologiques, culturels…) et d’accoler aux catégories des valences (une catégorie peut être perçue comme meilleure ou moins bonne qu’une autre, ou tout simplement bonne ou mauvaise). Cela est bien sûr une construction sociale accolée à des mécanismes psychologiques, mais c’est aussi lié aux émotions déclenchées par autrui. Il y a trois critères qui amènent les humains à catégoriser les autres, et c’est immédiat : ce sont le sexe, la couleur de la peau, et l’âge apparent. Les conséquences de l’activité de catégorisation sont bien connues, et ne sont pas que négatives, comme le croit le profane. En gros, gardez en tête qu’on ne peut pas ne pas catégoriser, tant que l’on est vivant (car quand on est mort, eh bien la science ne peut rien nous dire la-dessus). Une des conséquences de la catégorisation est ce que l’on appelle le biais pro-endogroupe, c’est-à-dire la tendance à surévaluer son propre groupe et à sous-évaluer les autres. On parle aussi de l’effet « nous-eux », déjà connu mais mis en évidence au laboratoire dans les années 60-70 : « nous » nous concevons comme un peu meilleurs que « eux », que l’on peut estimer bien cela dit. L’effet classiquement retrouvé renvoie plutôt à de l’amour pour son groupe/catégorie qu’à de la haine envers les autres groupes/catégories. L’important est que la différence « nous » / « eux » soit à notre profit. Dans les cas extrêmes, cela devient « nous sommes humains, ils sont inhumains, nous sommes le bien, ils sont le mal »… Mais la majeure partie du temps, cela se traduit par « Les autres sont bien, mais nous sommes un peu meilleurs qu’eux. Quant à moi je suis un peu meilleur que les autres ». Cet « effet » est lié à l’identité, évidemment, car nous cherchons -à de rares exceptions près je veux bien le croire- à avoir une identité positive, et distincte d’autrui. C’est du moins ce que démontre un large champ de recherches depuis plus de 40 ans, tant en observations de terrain qu’au laboratoire. Et ce dans toutes les cultures testées. Cela semble bien être une constante humaine.

 

Bon. Autre chose : nous avons tendance à percevoir les membres des autres groupes/catégories comme plus similaires les uns aux autres que nous ne l’avons pour les membres de notre groupe/catégorie. Cela peut se traduire par la petite phrase « ils sont tous pareils »… Il y a plusieurs explications cognitives au phénomène, mais aussi identitaires et a pour but la légitimation des systèmes sociaux, je vais pas développer ce post qui est déjà très (trop ?) long.

 

Qu’est ce qui amène les gens, en général, à réagir moins aux personnes des autres catégories ? On va dire à être plus « tolérants » (bien que je préfère le terme « respectueux », car la tolérance implique une différence de statut, celui qui tolère étant dominant par rapport à l’autre ; tandis que le respect implique une relation égalitaire). C’est tout simple, en fait mais cela demande un effort cognitif, et on ne le fait pas tous les jours, parce que d’une part nous avons nos automatismes qui nous facilitent la vie, d’autre part parce que parfois aussi on n’en a pas les ressources (on est crevé par exemple).

- Première possibilité : de fait, créer plus de catégories pour définir par exemple le genre. C’est ce que suggérait Ambre je crois. En effet s’il y a plus de sous-catégories, cela implique que la catégorie possède elle-même une grande variabilité. D’un autre côté, cela peut renforcer la tendance à discriminer… (la discrimination étant surtout un acte, plus que des jugements)

- Deuxième possibilité : passer à une catégorie supérieure : par exemple on n’utilise plus les catégories « Homme/Femme », mais on passe à une catégorie supérieure qui les inclut : les « Êtres humains », ou encore plus supra-ordonnée « Êtres vivants ». Forcément, l’effet de contraste crée par la catégorisation binaire disparaît.

- Troisième possibilité : décatégoriser, c’est –à-dire sortir la personne de la catégorie dans laquelle nous l’avons placée, la percevoir comme une personne, tout simplement. Avec son unicité, son vécu, ses émotions, toute la palette qui fait qu’elle est aussi ce qu’elle est. En ce sens, l'expérience personnelle de Lolotte, qui m'a touché, permet la décatégorisation.

- Quatrième possibilité : réfléchir à la raison de l’existence de la catégorie. Les psychologues sociaux parlent des « théories sous-jacentes à la catégorisation ». Cela renvoie simplement au processus suivant. »Pourquoi les femmes différent-elles des hommes ? » (1) « parce que c’est dans leurs gênes » ou (2) « parce qu’elles l’ont appris ». Dans le premier cas, on parle de théories « essentialistes », qui tendent à figer les personnes dans un statut de nature, et qui permet de légitimer le système (« que voulez-vous, ces gens là sont comme ça , c’est dans leur nature, dans leurs gênes, et on ne peut rien faire à cela »). Dans le second cas de figure, on parle plutôt de théories « incrémentielles », qui entrainent des perceptions et des jugements moins figés concernant les autres.

- Cinquième possibilité : interagir avec la(les) personne(s) des autres groupes/catégories dans des activités coopératives et non pas compétitives ou conflictuelles (cela développe des représentations plus positives, alors que la compétition/le conflit développent des représentations plus négatives, ou moins positives, en congruence avec la situation, car nous avons aussi besoin de nous sentir congruents).

- Sixième possibilité : éviter de se placer sur le terrain idéologique, car les valeurs permettent très facilement d’entrer en conflit

- Septième possibilité : le doute raisonnable et la recherche de l’information infirmante. Qu’est-ce qui me fait penser que les personnes sont autrement que ce que je croyais (car la psychologie sociale nous apprend que la majeure partie du temps, nous vérifions nos propres croyances en amenant l’autre à agir de la manière attendue).

- Huitième possibilité : puisque nous sommes des constructions, nous pouvons aussi reconstruire

- Neuvième possibilité : ne pas se croire au-dessus, ou pas touché par ces mécanismes psychosociaux purement humains …

- et peut-être encore bien des possibilités… Rester ouvert et en chemin.

 

Bibises à tous

08/02/2013 à 15:54

lolotte

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Superbe explication , que je ne peut faire, mais cela se rattache entièrement au sujet...
Merci de ton intervention , ce sera lu plusieurs fois pour bien être assimilé...

Cela s'étançonne cette page, n'arrêtons pas en si bon chemin, nous avons une théorie développée par PSKL5935 et une vie vécue , la mienne, , continuez à mieux cerner cette différence et apprendre à repérer les bisexuels de parking trop différents de nous, nous n'avons pas les mêmes valeurs, eux ils recherchent le plaisir par rapports sexuels, moi, j'écris pour moi, c'est non, on n'en as pas besoin  du moment que le corps est en plénitude avec le port des vêtements , on a aucune excitation vers le sexe, On as des rapports sexuels désirés, plus souvent avec une femme qu'un homme, cela dépend du contexte, mais la majorité fera son choix qui reste personnel, retenez, que la partie masculine n'est pas absente de notre présentation, on peut très bien se défendre de façon efficace en cas d'agression, à la manière d'un homme ...d'où l'effet de surprise très souvent est prédominant envers l'agresseur ,s'il ne s'est pas préparé a ramasser une correction...
08/02/2013 à 17:38

Ambre

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Nous allons avoir prochainement un billet sur la transexualité... Marie-Laure Peretti, spécialiste du "genre"...
08/02/2013 à 17:51

lolotte

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Ambre a dit : 

Nous allons avoir prochainement un billet sur la transexualité... Marie-Laure Peretti, spécialiste du "genre"...

 et puis quoi ? Ambre, 
je t'avais bien dit qu'il y avait des personnes plus spécialisés sur le sujet...au moins Pskl5935

08/02/2013 à 19:02

MLPeretti

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Il est évident que chacun répondra de sa place à lui, dans cette scène racontée par Toc. Dans la vie civile, nous ne pouvons pas faire tout ce qui nous passe par la tête, nous faisons attention aux autres parce que le respect de soi et de l'autre nous lie.

Marie, ex-Arnaud, se sent femme et a conservé ses attributs masculins. Je me demande, quant à moi, comment se fait-il que la fille mineure ait pu apercevoir ses attributs ? Dans un vestiaire de piscine, il n'est pas d'usage de les montrer, sauf si c'est une piscine-sauna prévue à cet effet.

Marie n'a peut-être pas fait attention ?


Par ailleurs, je suis d'accord sur le fait que présenter la personne qui s'est insurgée par sa sexualité ne nous regarde pas et n'est pas fondamental.
08/02/2013 à 20:14

lolotte

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MLPeretti a dit : 

Il est évident que chacun répondra de sa place à lui, dans cette scène racontée par Toc. Dans la vie civile, nous ne pouvons pas faire tout ce qui nous passe par la tête, nous faisons attention aux autres parce que le respect de soi et de l'autre nous lie.

Marie, ex-Arnaud, se sent femme et a conservé ses attributs masculins. Je me demande, quant à moi, comment se fait-il que la fille mineure ait pu apercevoir ses attributs ? Dans un vestiaire de piscine, il n'est pas d'usage de les montrer, sauf si c'est une piscine-sauna prévue à cet effet.

Marie n'a peut-être pas fait attention ?


Par ailleurs, je suis d'accord sur le fait que présenter la personne qui s'est insurgée par sa sexualité ne nous regarde pas et n'est pas fondamental.

 Heureuse de vous lire, je vous connaît indirectement par Ambre et Brigitte, qui m'avaient parlées de vous, Mon parcours est celui d'un "refoulé(e)" en plus, comprenez qu'on le vit très mal cette dysphorie.j'espère trouver des renseignements complémentaires qui intéresseront tout le monde, , notamment ceux qui en discute sur cette page et les lecteurs de ces pages. 

08/02/2013 à 21:25

MLPeretti

Type : Femme
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Membre depuis : 07/10/2012
J'ai lu la longue explication postée par Pskl qui me paraît assez complète.

Vous concernant, il faut chercher à savoir le plus possible ce que vous entendez par "refoulée", dans quel sens l'êtes vous ? En retenant votre vraie personnalité ?

La transgenralité, de plus en plus appelée transidentité, représente une variable dans la construction de l'identité, manière d'être au monde comme une autre.
Bien sûr, le monde a quelques réticences à la respecter, mais les progrès sont là : Juin 2010, le transsexualisme sort de la classification des maladies mentales à l'initiative de Mme Bachelot-Narquin.

A bientôt de vous lire,
09/02/2013 à 00:33

Pskl5935

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lolotte a dit : 

Ambre a dit : 

Nous allons avoir prochainement un billet sur la transexualité... Marie-Laure Peretti, spécialiste du "genre"...

 et puis quoi ? Ambre, 
je t'avais bien dit qu'il y avait des personnes plus spécialisés sur le sujet...au moins Pskl5935

 Je suis touché, Lolotte, mais même si je pense pouvoir donner (et si j'ai tenté de donner) un éclairage sur la question, je ne suis pas spécialiste du genre...
Marie-Laure Peretti, oui.

09/02/2013 à 09:24

Ambre

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Membre depuis : 01/01/1970

MLPeretti a dit : 

J'ai lu la longue explication postée par Pskl qui me paraît assez complète.

Vous concernant, il faut chercher à savoir le plus possible ce que vous entendez par "refoulée", dans quel sens l'êtes vous ? En retenant votre vraie personnalité ?

La transgenralité, de plus en plus appelée transidentité, représente une variable dans la construction de l'identité, manière d'être au monde comme une autre.
Bien sûr, le monde a quelques réticences à la respecter, mais les progrès sont là : Juin 2010, le transsexualisme sort de la classification des maladies mentales à l'initiative de Mme Bachelot-Narquin.

A bientôt de vous lire,

 17 mai 1990 pour l'homosexualité... C'est juste incroyable. Avant, c'était bien considéré comme une maladie mentale.