Maniaco-dépression (bipolarité)

10/03/2015 à 13:27

ancolie

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Messages : 92
Membre depuis : 01/01/1970

Bonjour, et merci pour cette nouvelle section.

 

Je me lance.

J’ai 49 ans. Je suis PMD (maniaco-dépressive, on dit aussi aujourd’hui “bipolaire”) du type le plus sévère - épisodes maniaques aigus, hypomanies, états mixtes, dépressions graves - diagnostiquée en 1992, sous divers traitements depuis, 9 hospitalisations en tout, dont certaines à la demande d'un tiers et en urgence. Tout cela pour signifier que ce sont d'importants bouleversements dans ma vie, chaque fois.

Ces bouleversements et cette maladie ont évidemment des répercussions aussi dans la vie de mes proches.

J’ai un traitement lourd (lithium, L*mictal, Ab*lify, Val*um, Avlocard*l, somnifère), qui influe (notamment) sur ma libido.

En phase d’euthymie (état stable, hors crises), ma libido est éteinte, en sommeil.

En phase maniaque, elle se réveille de façon déchaînée, réellement ; mon comportement n’a plus rien à voir ; j’ai trompé mon compagnon à plusieurs reprises (lors de la dernière grosse crise, 2009), j’embrassais des inconnus dans les bars ; lors de ces crises, mon habillement change, devient provoquant, je me donne à qui veut, et j’éprouve alors mes plus forts orgasmes…

 

Je suis en phase stable depuis fin 2013 : ma libido est donc totalement endormie (sauf un bref réveil récent, qui m’a d’ailleurs inquiétée : suis-je de nouveau malade ? mais elle est à nouveau partie).

Or, une vie sexuelle me manque ; ce plaisir de la vie me manque.

Je n’ai connu l’orgasme qu’en phase maniaque, mais jusqu’à il y a des années j’éprouvais un grand plaisir à faire l’amour.

 

Mon compagnon (60 ans) n’a jamais été d’une grande sensualité, mais je m’en accommodais. Il a par ailleurs un souci d’érection depuis toujours, ce qui par contre me pose problème. Mais il refuse d’en parler.

Il a été perturbé par deux événements :

- En 2002, je lui ai caché plusieurs semaines que je ne prenais plus la pilule dans l’espoir d’avoir un enfant, tout en sachant pertinemment que lui n’en voulait pas (grossière erreur, je le sais) ; notre sexualité s’est dégradée alors ;

- Ma crise maniaque de 2009 l’a profondément ébranlé (quand il venait me voir à l’hôpital je ne le reconnaissais même pas…) et, je pense, lui a fait perdre confiance en sa virilité (en plus de l’avoir trompé, je lui ai dit alors des choses extrêmement humiliantes pour un homme) ; notre sexualité a alors totalement disparu.

 

Depuis un an, je tente de reconquérir une vie sexuelle avec cet homme que j’aime depuis 25 ans (mais nous ne vivons ensemble que depuis 16 ans).

Plusieurs difficultés :

- notre libido en berne à tous les deux (la mienne guère stimulée par mon traitement ; celle de mon homme sans doute empêchée, entre autres, par un manque de confiance en lui) ;

- la peur d’un nouveau virage maniaque (pour tous les deux) ;

- l’âge de mon compagnon, peut-être, qui lui fait perdre ses moyens (ce que nous avons vérifié lors de quelques rares tentatives - 5 en un an) ?

 

J’ai parlé de tout cela à mon psychiatre, ma psychologue. Nous avons consulté ensemble, mon compagnon et moi, une psychologue spécialiste du couple : elle nous a affirmé que la sexualité n’était pas obligatoire dans un couple - réponse qui ne me satisfait pas, bien sûr. Aucune piste sérieuse ne m’est proposée. Je ne peux pas arrêter mon traitement, évidemment, et il n’existe pas à ma connaissance de médicament qui boosterait ma libido (quant à en proposer un à mon homme… j’aurais peur de le blesser).

Bref, je me sens démunie, privée de ce plaisir notamment par ma maladie et les conséquences qu’elle a eues sur ma vie avec mon compagnon.

Existerait-il une (des) solution(s) ?

10/03/2015 à 15:48

Davy22

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Bonjour,

Il y'a beaucoup de confusion dans votre vie, entre la maladie, les mensonges, les traitements, l'age de votre partenaire...Difficile de créer une relation intime et complice dans la sexualité avec tout cela...Vous devez bien connaitre le sujet sur la bipolarité, mais sachez néanmoins que c'est un diagnostique encore très mal connue en psychanalyse dont on explique pas vraiment la cause...Bien que, de mon point de vue et cela n'a rien de scientifique, je trouve que les bipolaires ont des phases qui peuvent très bien s'expliquer par des événements de la vie courante...état de stress qui peut amener des comportements mal géré dans l'enfance...Votre nymphomanie pendant les phases "d’euthymie" pourrait, par exemple simplement s'expliquer par une destruction de votre personnalité par un profond manque d'estime de vous même, doublé par un puissant lâché prise "jouissance" par une envie physiologique de vous détendre...Pour vous dire, que votre etat "stable" pris bien plus tot aurais permis d’éviter les nombreuses blessure dans votre couple qui rend l'intimité et la confiance difficile...Il y'a malheureusement parfois des choses dans un couple qui laisse des blessures a jamais, difficile d'attendre quelque chose de votre homme dans ce domaine. Avez vous penser à la prostitution masculine ? Il faut aussi en parler avec votre conjoint...Un professionnel du sexe pourrais être la solution.
10/03/2015 à 16:01

Parvati

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ancolie a dit : 

Bonjour, et merci pour cette nouvelle section.

 

Je me lance.

J’ai 49 ans. Je suis PMD (maniaco-dépressive, on dit aussi aujourd’hui “bipolaire”) du type le plus sévère - épisodes maniaques aigus, hypomanies, états mixtes, dépressions graves - diagnostiquée en 1992, sous divers traitements depuis, 9 hospitalisations en tout, dont certaines à la demande d'un tiers et en urgence. Tout cela pour signifier que ce sont d'importants bouleversements dans ma vie, chaque fois.

Ces bouleversements et cette maladie ont évidemment des répercussions aussi dans la vie de mes proches.

J’ai un traitement lourd (lithium, L*mictal, Ab*lify, Val*um, Avlocard*l, somnifère), qui influe (notamment) sur ma libido.

En phase d’euthymie (état stable, hors crises), ma libido est éteinte, en sommeil.

En phase maniaque, elle se réveille de façon déchaînée, réellement ; mon comportement n’a plus rien à voir ; j’ai trompé mon compagnon à plusieurs reprises (lors de la dernière grosse crise, 2009), j’embrassais des inconnus dans les bars ; lors de ces crises, mon habillement change, devient provoquant, je me donne à qui veut, et j’éprouve alors mes plus forts orgasmes…

 

Je suis en phase stable depuis fin 2013 : ma libido est donc totalement endormie (sauf un bref réveil récent, qui m’a d’ailleurs inquiétée : suis-je de nouveau malade ? mais elle est à nouveau partie).

Or, une vie sexuelle me manque ; ce plaisir de la vie me manque.

Je n’ai connu l’orgasme qu’en phase maniaque, mais jusqu’à il y a des années j’éprouvais un grand plaisir à faire l’amour.

 

Mon compagnon (60 ans) n’a jamais été d’une grande sensualité, mais je m’en accommodais. Il a par ailleurs un souci d’érection depuis toujours, ce qui par contre me pose problème. Mais il refuse d’en parler.

Il a été perturbé par deux événements :

- En 2002, je lui ai caché plusieurs semaines que je ne prenais plus la pilule dans l’espoir d’avoir un enfant, tout en sachant pertinemment que lui n’en voulait pas (grossière erreur, je le sais) ; notre sexualité s’est dégradée alors ;

- Ma crise maniaque de 2009 l’a profondément ébranlé (quand il venait me voir à l’hôpital je ne le reconnaissais même pas…) et, je pense, lui a fait perdre confiance en sa virilité (en plus de l’avoir trompé, je lui ai dit alors des choses extrêmement humiliantes pour un homme) ; notre sexualité a alors totalement disparu.

 

Depuis un an, je tente de reconquérir une vie sexuelle avec cet homme que j’aime depuis 25 ans (mais nous ne vivons ensemble que depuis 16 ans).

Plusieurs difficultés :

- notre libido en berne à tous les deux (la mienne guère stimulée par mon traitement ; celle de mon homme sans doute empêchée, entre autres, par un manque de confiance en lui) ;

- la peur d’un nouveau virage maniaque (pour tous les deux) ;

- l’âge de mon compagnon, peut-être, qui lui fait perdre ses moyens (ce que nous avons vérifié lors de quelques rares tentatives - 5 en un an) ?

 

J’ai parlé de tout cela à mon psychiatre, ma psychologue. Nous avons consulté ensemble, mon compagnon et moi, une psychologue spécialiste du couple : elle nous a affirmé que la sexualité n’était pas obligatoire dans un couple - réponse qui ne me satisfait pas, bien sûr. Aucune piste sérieuse ne m’est proposée. Je ne peux pas arrêter mon traitement, évidemment, et il n’existe pas à ma connaissance de médicament qui boosterait ma libido (quant à en proposer un à mon homme… j’aurais peur de le blesser).

Bref, je me sens démunie, privée de ce plaisir notamment par ma maladie et les conséquences qu’elle a eues sur ma vie avec mon compagnon.

Existerait-il une (des) solution(s) ?

 Coucou Ancolie,

Et à part la sexualité, comment va votre couple ? De la complicité ? Des câlins ? Profitez-vous de moments de détente corps à corps ? C'est peut-être là-dessus qu'il faudrait miser en premier lieu.

 

Ce qui m'interpelle, c'est que tu évoques un réveil récent de ta sexualité, qui t'a effrayée car tu as suspecté un redémarrage de ta maladie. Je crois que c'est un point qu'il serait bon d'évoquer en thérapie, parce que sinon, cette angoisse risque de te couper tout élan érotique même timide (c'est d'ailleurs peut-être ce qui s'est passé...). En même temps, je comprends : tu es stabilisée depuis peu par ton traitement. Il te faut du temps pour t'habituer à cela.

 

Courage ! Wink

10/03/2015 à 19:10

Brigitte

Type : Femme
Messages : 1251
Membre depuis : 15/09/2012

ancolie a dit : 

J’ai parlé de tout cela à mon psychiatre, ma psychologue. Nous avons consulté ensemble, mon compagnon et moi, une psychologue spécialiste du couple : elle nous a affirmé que la sexualité n’était pas obligatoire dans un couple - réponse qui ne me satisfait pas, bien sûr. Aucune piste sérieuse ne m’est proposée. 

Vous avez bien fait de quitter la psychologue de couple :))) = preuve que vous êtes intelligente et lucide : vous pourrez progresser même si ça ne sera jamais comme avant !

Brigitte
10/03/2015 à 23:45

ancolie

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Messages : 92
Membre depuis : 01/01/1970
Merci pour vos réponses.

Davy, je commence à vraiment bien connaître ma maladie - ma mère en est aussi atteinte (ma famille en a beaucoup souffert toute mon enfance et mon adolescence) et sa propre mère en est morte. Du moins, comme vous le dites, ce que la médecine en connaît - déréglement des neurotransmetteurs, sur- ou sous-production de sérotonine et/ou noradrénaline, notamment, aspects génétiques, contextuels (enfance), déclencheurs par des événements marquants, en effet (deuil, déménagement, mariage...)... J'en connais tous les symptômes avant-coureurs (en tout cas les miens). Et j'ai suivi par ailleurs 12 ans de psychanalyse en parallèle avec mes traitements. Tout ça pour dire que ma "nymphomanie" maniaque ne doit sans doute pas venir d'une mésestime de moi, juste de la maladie.
Je suis consciente que l'épisode de 2009 a énormément mis à mal notre couple ; mais mon compagnon est resté près de moi et en 6 ans la situation a évolué de "colocataires" à "amoureux", en passant par "amis". Sauf que nous n'en sommes toujours pas à "amants".
Vous parlez de prostitution masculine, et ça, je ne le comprends pas.

Parvati - comment va notre couple ? Nous avons retrouvé une complicité teintée de beaucoup d'humour, d'un tout petit peu de tendresse. Les corps à corps tendres sont très rares (mon homme n'est pas tactile), mais j'essaie de les provoquer un peu plus souvent : je cherche les câlins, mais toujours habillés (et il dort habillé).
Ta remarque sur mon angoisse due à mon désir réveillé fait écho en moi. Ma sexualité débridée ayant toujours été liée à des phases maniaques, j'en ai très peur. Ma psychologue (pas celle "de couple", Brigitte ;-)) m'a demandé de réfléchir : "Est-ce un symptôme ou la vraie Ancolie qui s'éveille, qui revit ?" Je pense que j'ai eu si peur que j'ai fait taire ce désir renaissant...
Cela dit, si je suis complètement honnête, ce réveil érotique m'avait amenée à fréquenter un site de tchat érotico-porno qui a fini par me dégoûter, ce qui n'a pas non plus aidé à maintenir en vie ma libido (site que j'ai quitté récemment).

Brigitte, merci pour vos encouragements. Même si "ça ne sera jamais comme avant", ce qui ne m'étonne pas après 16 ans de vie commune, j'espère retrouver un jour la voie d'une sexualité joyeuse et simple (je veux dire : sans soucis, sans complications).
Je m'y emploie en bricolant comme je peux, parfois maladroitement...
Une de mes grandes questions : comment redonner confiance en lui à mon homme ?