La gestation pour autrui

22/12/2014 à 19:11

Brigitte

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Membre depuis : 15/09/2012
Comme je l'ai précisé dans mon dernier billet d'humeur, je suis contre : http://www.brigittelahaie.fr/blog/681/la-gestation-pour-autrui-encore-un-sujet-qui-divise

On peut débattre ici si vous le souhaitez...
14/01/2015 à 12:36

alice

Type :
Messages : 549
Membre depuis : 01/01/1970
j'avoue être partagée.

D'un côté il y a cet aspect où l'on "offre" un enfant que l'on a porté 9 mois, que l'on a appris a aimé, qui fait parti de nous et de l'autre côté,il y a cette douleur que certaines femmes ou hommes ressentent de ne pouvoir enfanter.
C'est vrai qu'il y a d'autres possibilités : FIV, don d'ovocytes, adoption.... mais le parcours est tellement long et pas toujours avec une fin heureuse.

La question m'a effleuré quelques temps face à la douleur d'une amie, très très proche, ne pouvant enfanter, prise par le cercle infernal de toutes ces démarches qui durent depuis trop longtemps et qui pour le moment n'ont été qu'échec en échec.
Puis, pour avoir eu des enfants, j'avais conscience que je n'aurais jamais pu m'en séparer, même si  il aurait fait parti de mon entourage.
Je voulais lui faire ce "cadeau", apaiser sa douleur mais un enfant n'est pas un objet.

Sujet très délicat
14/01/2015 à 12:43

melusinefee

Type :
Messages : 1010
Membre depuis : 01/01/1970
Je suis d'une manière générale très tolérante, mais je suis opposée à la GPA. Comme tu le dis alice, il y a d'autres moyens de satisfaire un désir d'enfant... même si ces moyens sont longs et frustrants. Mais, quand on a porté un enfant, on sait quel lien se noue pendant 9 mois et même si au départ les parties "contractantes" (puisque finalement c'est un contrat) sont d'accord, on ne peut jamais savoir ce qui se produira réellement après la naiussance. Et au final, qui risque de souffrir de ces déchirements entre adultes ? ... l'enfant, bien sûr.
14/01/2015 à 16:32

LeMoine

Type : Homme
Messages : 119
Membre depuis : 21/10/2012

Mes chères amies et amis,

Il y a bien des façons d’aborder le sujet de la Gestation Pour Autrui, puisque d’une part c’est ainsi que nous avons pris le pli de nommer cette activité socialement particulière de parturition et de maternité en propre et pour tiers, et que d’autre part c’est le sujet qui forme débat dans l’opinion publique et dans la sphère propre de nos législateurs.

Je dis bien sujet, et non problème ou question ; car, en l’occurrence, il conviendrait d’accorder problèmes et questions au pluriel, et un pluriel « complexe », ainsi que nos hommes et femmes politiques aiment aujourd’hui à qualifier nombre de phénomènes sociaux qu’ils semblent avoir quelque peine à concevoir sous leur forme de phénomène social total.  

Je souhaite ici opiner partiellement sur ce sujet de la GPA en écartant d’emblée et irrépressiblement les dimensions de morale. Et là encore, il conviendrait d’écrire morales au pluriel, tant sont prégnantes les orientations morales, sous couvert de l’axiome de la tolérance généralement admise en extension, jusqu’à cette borne que l’action jamais ne doive nuire à autrui (mais nous ne savons dès lors jamais exactement qui est cet autrui et jusqu’où s’étend cette interdiction de nuisance : l’enfant non né et à naître éventuellement, est-il un « autrui » déjà impliqué dans la proscription de nuisance ? Et, au fond, que signifie vraiment « nuire » ? Et comment allons-nous universellement qualifié et certifié les actes qui nuisent, au point qu’une telle qualification puisse être reconnue comme un principe de légalité ?)…

Bref, laissons ici hors de propos les querelles d’états d’âme moraux ou moralisateurs, quand bien même nous savons pertinemment et vérifions perpétuellement que la loi, c’est-à-dire le droit positif dans son ensemble, ne consiste qu’en institution de normes morales.   Je vous invite banalement à faire fonction d’analyste politique, c’est-à-dire d’analyste des jeux et enjeux politiques sur la matière de la GPA, et de considérer ces jeux et enjeux politiques ou politiciens dans leur actualité médiatisée, en vous couvrant d'un manteau de froideur digne d’un réalpolitiker.   Le sujet de la GPA est introduit dans le débat d’opinion publique et les controverses politiciennes en première instance par l’agenda militant des associations, organisations, minorités et citoyens et citoyennes qui se reconnaissent ou s’apparentent aux militances dites aujourd’hui LGBT.

Cet agenda militant, porté et emmené en première ligne de front depuis plus de trois générations désormais par les mouvements et organisations des divers féminismes, a obtenu du législateur français, vous le savez, non sans d’immenses difficultés, humiliations et implications, espoirs et désespoirs, la reconnaissance de l’institution du mariage pour les couples de même sexe, intégrant automatiquement ainsi la législation existante, et désormais aménagée, sur les filiations.

L’extension universelle de l’assistance médicale à la procréation (PMA) – y compris pour une femme vivant seule et formant donc ménage légal à soi-seule --, ainsi que, par raisonnement symétrique d’égalité formelle en droit, la Gestation pour autrui --, étaient des mesures demandées et portées et espérées par ces militances.

Les antagonismes que nous avons connus quant à ces demandes faites au législateur (mariage des citoyens homophiles, PMA et GPA) ont lourdement obéré l’agenda et les espoirs de son obtention au complet. Notre classe politicienne se trouve fort aise aujourd’hui de procrastiner.

Aussi, pour le dire brutalement mais de façon « réaliste », le poids, l’insistance et les mobilisations actuelles en France portées pour une reconnaissance de la légalité de la GPA doivent être lus et décryptés comme désignant une cible conçue par ces militances comme explicitement lointaine, controversée et controversable, pour laquelle on peut bien accepter de procrastiner, tout en affirmant à tue-tête qu’il est hors de question d’atermoyer ou de supporter qu’il soit sursoit ; car, la stratégie « réaliste » dans la réalisation de l’agenda vise à travers le sujet de la GPA à obtenir au plus tôt et complètement la PMA.

Ne vous trompez donc pas quant aux enjeux des débats présents sur la GPA. C’est l’extension légale de la PMA qui est visée en finalité. La GPA est hors champ : la PMA est cœur de cible.

Aussi, quant à discuter, serions-nous sans doute plus avisés d’amener nos propos de morale pour conférer de l’universalité de la PMA.  

Toutefois, cela étant dit, j’aimerais introduire encore un zeste d’analyse sociologique sur ces sujets, en attirant votre attention sur la généalogie des idéologies et des quérulences qui bon an mal an en sont venues à constituer cet agenda militant puis législatif.

Il est hors de doute pour l’analyste que cet agenda militant fut et demeure porté par les mouvements de femmes, et leurs cristallisations féministes multiples, depuis aujourd’hui un demi-siècle.

Je n’entrerai pas dans le détail de la ventilation de ces luttes et opinions féministes : les légalistes et égalitaristes, les différentialistes, les universalistes, les lesbiennes, ces dernières qui, sans aucun doute, ont entraîné derrière elles le gros des mouvances LGBT et l’agenda actuel des revendications.

Apparaît actuellement et se manifeste une nouvelle attitude féministe, exposant une « révolution du féminin » (voyez l’ouvrage de Camille Froidevaux-Metterie) qui, tout en diagnostiquant une concordance sociale de nos deux sexes, insiste sur leurs sexuations en réciprocité et en singularité ; s’agissant particulièrement du corps des femmes, insistant sur l’irréductible incarnation sexuée de leur existence, qui contient la fécondité, la génération, la parturition, en un mot la maternité.

Et, en lâchant au final le mot de « maternité », je vous indique modestement le point aveugle de la plupart des discours idéologiques des féministes : elles font déni de la maternité. La maternité bien réelle, matérielle, existentielle.

Toutefois, les femmes, militantes ou non, qui ont obtenu la légalité de leur mariage « de même sexe » ne font pas, en aucune manière, déni de la maternité. Bien au contraire. Elles l’assument, la veulent dans la plénitude existentielle, légale, sociale et médicale : la PMA !

Alors, débattre de la GPA n’est pas vraiment leur tasse directe et bien opportune de thé. Leur maternité, si.

Et donc, si les piétinements pour obtenir et ne pas obtenir la GPA permettent au final et bientôt d’obtenir, de guerre lasse de nos politiciens, la PMA, c’est tout bon. Débattez de la GPA, ergotez, donnez-vous des migraines, la PMA adviendra.  

Subséquemment, notez bien que la maternité est la question centrale des demandes de PMA et l'enjeu critique de la GPA : la maternité de qui ? pour qui ? etc ! La maternité.



Enfin, en bon moine prêcheur, permettez-moi de vous remettre en mémoire, chères et chers, une formule que souvent ici j’ai été amené à évoquer, lorsque je lis des témoignages où la vie quotidienne d’une de nos amies, comme femme, percute le quotidien de ses contraintes familiales et domestiques :

LA MÈRE ANTIDOTE LA FEMME.

Du moins, très souvent. C’est ainsi, l’un dans l’autre.

Bien à vous

LeMoine    
16/01/2015 à 00:31

Cathy

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Je crois que les arguments ont sans doute, comme le dit très bien LeMoine, sûrement aussi animés pour l'IVG ou la FIV. Pour ma part, je ne condamne pas le principe, mais plus la façon dont il va pouvoir être appliqué. Mettre un enfant au monde sous X est tout aussi traumatisant pour une mère, elle abandonne son enfant (et le sien propre, pas un implant qu'elle a reçu). Je pense qu'il ne faut pas faire trop d'amalgame. Le détachement de l'acte médical, le fait de savoir que ce n'est pas un enfant conçu par désir, la préparation psychologique autour de cet acte; tout n'est pas fertile à un lien filiale. 

Certains couples sont tellement en souffrance de ce manque d'enfant, et l'adoption est un tel parcours du combattant, que je peux comprendre qu'ils cherchent un espoir dans cette méthode. Toutefois, j'ai vraiment l'impression que ça laissera la porte ouverte à trop d'abus et de dérives, ce qui aura été instauré pour le bien, se révélera être mal utilisé.
17/01/2015 à 19:08

Ambre

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melusinefee a dit : 

Je suis d'une manière générale très tolérante, mais je suis opposée à la GPA. Comme tu le dis alice, il y a d'autres moyens de satisfaire un désir d'enfant... même si ces moyens sont longs et frustrants. Mais, quand on a porté un enfant, on sait quel lien se noue pendant 9 mois et même si au départ les parties "contractantes" (puisque finalement c'est un contrat) sont d'accord, on ne peut jamais savoir ce qui se produira réellement après la naiussance. Et au final, qui risque de souffrir de ces déchirements entre adultes ? ... l'enfant, bien sûr.

Je ne suis pas du tout opposée à la GPA. Il faut l'encadrer, voilà tout comme çà se fait déjà en Belgique. Ce n'est pas encore légal mais de toute façon on y viendra. Voici un article intéressant : http://www.fivette.be/index.php?option=com_content&view=article&id=61%3Ales-meres-porteuses&catid=36%3Anos-traitements-g-cas-particuliers&Itemid=67%E2%8C%A9%3Dfr
Et un autre : http://www.rtbf.be/info/societe/detail_les-meres-porteuses-une-realite-en-belgique?id=8371741
Le débat est quand-même complexe.

04/04/2016 à 22:55

Titlucile

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Membre depuis : 01/01/1970
Mais est-ce bien naturel de bidouiller un gamin dans une éprouvette ?
Est-ce plus naturel que d'offrir un enfant ?
Pourtant, cela ne choque plus l'opinion publique...

Il y a une grande part de culturel dans l'acceptation du don d'un enfant. Dans certaines cultures, le don d'un enfant à un couple stérile est très bien vu.

Je n'ai toujours voulu qu'un enfant. Si ma santé me l'avait permis, j'aurais volontiers porté pour autrui.
Moi même née sous X et adoptéé, je sais combien un couple stérile fait des parents aimants.
Pas parfaits, non, mais l'amour est exacerbé par le manque.
Se savoir désiré est un pilier formidable pour un enfant.
Vos parents vous ont attendus 9 mois, mes parents m'ont attendu 9 ans. Oui: 9 ans !

Pourquoi devrait-on continuer à trouver mieux une naissance sous X, avec un bébé en nourrice les premières semaines, qu'un bébé qu'une femme offrirait à une autre, et qui aurait contact avec sa mère adoptive dès la naissance ?
04/04/2016 à 22:55

Titlucile

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Mais est-ce bien naturel de bidouiller un gamin dans une éprouvette ?
Est-ce plus naturel que d'offrir un enfant ?
Pourtant, cela ne choque plus l'opinion publique...

Il y a une grande part de culturel dans l'acceptation du don d'un enfant. Dans certaines cultures, le don d'un enfant à un couple stérile est très bien vu.

Je n'ai toujours voulu qu'un enfant. Si ma santé me l'avait permis, j'aurais volontiers porté pour autrui.
Moi même née sous X et adoptéé, je sais combien un couple stérile fait des parents aimants.
Pas parfaits, non, mais l'amour est exacerbé par le manque.
Se savoir désiré est un pilier formidable pour un enfant.
Vos parents vous ont attendus 9 mois, mes parents m'ont attendu 9 ans. Oui: 9 ans !

Pourquoi devrait-on continuer à trouver mieux une naissance sous X, avec un bébé en nourrice les premières semaines, qu'un bébé qu'une femme offrirait à une autre, et qui aurait contact avec sa mère adoptive dès la naissance ?
04/04/2016 à 22:56

Titlucile

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