Etoile filante

13/03/2015 à 12:38

ancolie

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Étoile filante

 

Je me sens seule.

Assez de me caresser, la couette me frôlant les fesses, les mains en coque sur mon sexe mouillé, les doigts me fouillant. Seule.

Assez d’écrire mes histoires fantasmées, seule devant mon écran, lèvres nues ouvertes, pressées contre mon siège. Seule.

 

Un soir, sur une impulsion, je m’inscris sur un site d’échanges érotiques. Il y a foule, petite foule qui réagit à ma présentation, à mes quelques photos suggestives. Je suis surprise. Émoustillée de me sentir soudain désirée – foutable – par tant d’inconnus. J’en évince la plupart, grossiers, goujats, égoïstes ou peu inspirés… L’un d’eux retient mon attention, Vodka – pseudo qui me rappelle la Russie que j’aime tant, et qui rime avec le mien.

Nos écrits débutent lentement, préliminaires délicats, approche féline. Il me plaît. Au fil des jours, des soirs, nous faisons connaissance, son inventivité répond à la mienne, il sait me surprendre, exquis. Il me baise – les doigts. Il me baise – la nuque, puis le sein. Puis il me baise tout entière, divinement. Me tourne et me retourne, me chavire… Avec ses mots, seuls ses mots.

Puis viennent les suggestions, alléchantes. « Envoie-moi un string trempé de ta mouillure. Je le souillerai, te le renverrai, et tu le porteras. »

J’hésite. Donner mon adresse, mon nom à un inconnu ?... Où cela va-t-il me mener, nous mener ?

Puis je me lance. Ce Vodka me fait bander, me grise, me galvanise ; je pense à lui plusieurs fois dans la journée, et je mouille. De son côté, il trique en songeant à moi chaque jour, se branle pour moi.

Lui aussi, après tout, va se dévoiler, puisqu’il va recevoir ce string parfumé, et me le renvoyer – le fera-t-il ?

Je me lance. Déjà, je découvre son adresse – non loin de chez moi. J’en frissonne.

Bien sûr je choisis ce string avec soin. Décide que je le tremperai de ma liqueur en écrivant, en lui écrivant et en lisant ses mots, pleine du désir de sa queue à fignoler, sucer, engloutir, de son dard à m’en fourrer.

Lorsque je le reçois en retour, je m’en affole, m’en affriole, je le renifle, le lèche et l’enfile aussitôt.

Je le remercie de mots crus, lui assure que je vais le porter plusieurs jours d’affilée, excitée à en avoir le vertige.

 

« Tu vas te rendre dans un sex-shop, choisir de belles pinces à seins et les porter chaque jour. Tes tétons durciront, souffriront pour moi. Moi, je porterai un string, mes couilles seront libres dans mon pantalon, je me limerai pour toi, sous mon bureau. »

Je trouve rapidement une boutique de sextoys, que je visite pour la première fois. Un monde s’ouvre devant mes yeux ébahis : menottes, bâillons, cordes de bondage, vibromasseurs spécial point G, gaines de cuir, soutien-gorge ouverts, mille bas de mille couleurs, combinaisons de latex, robes moussantes d’un goût douteux… il y en a pour tous les désirs. Le rayon des serre-seins n’est pas très fourni ; je finis par opter pour des pinces en fer et silicone, terminées par trois perles de métal, que j’espère pas trop lourdes.

De retour chez moi, je n’ai qu’une hâte : les essayer. Je sors un sein de ma robe et fixe la première. La sensation est d’abord délicieuse. Je l’imagine, lui, me tirant le téton, le tordant, le pinçant… Je fixe alors la seconde – exquis. Je ramène les tissus sur mes seins désormais harponnés. Les perles ne pèsent presque rien, j’ai bien choisi. Je dois sortir à présent, court shopping dans une friperie où je dégotte une élégante veste de lin et un soutien-gorge rose qui s’accorde parfaitement à ma robe. Depuis un moment déjà, je suis fébrile, mon sein droit me fait mal. Lorsque j’essaie le balconnet, je m’aperçois que mon téton est violet. J’hésite : desserrer la pince ? Mais ne serait-ce pas désobéir à Vodka ? ne m’a-t-il pas demandé de souffrir pour lui ? Je décide au contraire de comprimer davantage le sein gauche, qui, lui, est resté rose fraise. Le soutien-gorge ne me va pas, trop petit, je sors avec la veste. Désormais, j’ai mal des deux côté, j’en tremble. Pourtant, je pense à cet homme inconnu qui sait comme mes seins sont emprisonnés, qui y pense et se branle, peut-être en train de téléphoner à… un client ? peut-être en rendez-vous professionnel ? Et je respire, profondément, pour tenter de calmer la douleur. Alors il se passe quelque chose d’inattendu. Le désir monte, le plaisir d’avoir mal, l’espoir que cela cesse, non, ne cesse pas, grandisse, et je marche dans les rues, fière, transie et frémissante. Le string s’humidifie. Personne ne peut le voir, me deviner pénétrée d’une chaleur battante qui me ferait presque vaciller.

Je rentre. Je ne peux m’empêcher de vérifier : mes tétons sont bleus. Je les photographie pour lui envoyer l’image. Pourtant, je vais le tromper : le soir venu, je dois me déshabiller devant mes partenaires de jeu ; impossible qu’ils voient mes seins dans cet état. Et puis, à la fin du spectacle, je dénude mon sein gauche : le metteur en scène ne voudra pas de ce bijou étrange. Je les remettrai pour la nuit. Promis.

 

Je l’avertis donc un soir : je suis comédienne et vais bientôt jouer dans un théâtre de notre ville ; pourquoi ne viendrait-il pas voir le spectacle ? Il m’attendrait au sortir des loges, peut-être on se serrerait la main, nos regards attachés l’un à l’autre, impossible davantage au milieu de mes partenaires, du public resté au bar du théâtre. Le désir serait à son comble.

L’idée lui plaît.

Je connais son visage, lui pas. C’est donc moi qui vais à sa rencontre. Le traite comme un inconnu – qu’il est en partie. Électrisant. Le trouble, le manque, la frustration sont exquis. Je baisse les yeux : la bosse sous son pantalon répond à mon sexe palpitant. Mon dieu ! est-ce que mon visage lui plaît ? je songe tout à coup. « Vous êtes charmante, comme je l’imaginais. » Puis soudain : « Pouvez-vous m’indiquer les toilettes ? » Bien sûr !

Je le précède, lui ouvre une porte, une seconde. Nous nous engouffrons dans l’étroit réduit, il pousse le verrou. Le brouhaha dehors va couvrir nos murmures, nos soupirs… J’attrape sa nuque, il abaisse mon décolleté et empoigne mes seins. Je bouffe ses lèvres, mes mains descendent jusqu’aux boutons de sa braguette – seigneur ! pourquoi pas une fermeture à glissière ? Je m’agace mais parviens à dégager sa verge, épaisse, dressée, qui cogne contre ma toison qu’il a dénudée, sous notre string. Par bonheur je porte une robe, soulevée jusqu’aux reins. Il se penche et suce mes seins, mes tétons, les mord à m’en faire gémir. J’écarte les jambes, avide. Il y glisse une main, je bouillonne. Je m’accroupis et m’empare de sa queue à pleine bouche. Pas le temps de mignardises. Il grossit encore dans ma gorge.

Me relève. Me plaque contre le mur. Balance mes jambes autour de ses hanches. Me fourre son pieu. Me bourre. Coups de reins. Ses couilles lourdes battant mon fond. Halètements étouffés. Telle envie de crier ! Me remplit. Me comble. Me fout. L’avale. Le serre – le retenir. Agrippée à ses épaules. Griffe. On se baise à en mourir. Jouissance. Souffles courts…

Nous nous rhabillons rapidement. Calmons notre respiration. Écoutons les bruits à l’extérieur.

Il sort le premier. Lorsque je rejoins le bar à mon tour, il a disparu.

 

Sur le site, le lendemain : « Vous êtes succulent. Adieu. »