Quelle importance faut-il accorder à nos rêves ?

Publié le 10/10/2016 à 22:11

Chaque semaine, nous vous proposons un dossier commenté par certains de nos experts... Et Brigitte, bien entendu ! 

Nous avons tous notre petite théorie sur le rêve. Entre celle hérité de sa grand-mère au dernier livre à la mode en la matière, il nous est souvent difficile de décrypter notre inconscient.

Et après tout, peut-être que cela n'est pas indispensable... 

Laurent Karila 

Médecin spécialisé en psychiatrie et addictologie

Le rêve est un ensemble de phénomènes psychiques ayant lieu pendant le sommeil. Ses caractéristiques physiologiques varient de façon continue du sommeil lent au sommeil paradoxal. Tous les stades du sommeil sont source de production de rêves.

Dans la mythologie grecque, les songes ont des références divines dont la plus célèbre est Morphée. Selon Hippocrate, les rêves étaient de véritables prodromes de l'état de santé d'une personne. Phénomène lié au vécu de la journée, selon Aristote, tout du moins en partie avec l’avancée des recherches, nos rêves sont importants. 

Le contexte, les détails sont capitaux pour les déchiffrer, les décoder. Le terme « rêver » apparaît vers la fin du 17ème siècle alors qu’il commence à supplanter le terme « songer ». Freud et Jung s’intéressent fortement à l’interprétation des rêves. Pour le premier, « le rêve a un sens » et serait « l’accomplissement d’un désir », « des réalisations hallucinatoires de désirs refoulés dans l’inconscient ». Pour le second, il joue le rôle de « rétablissement de l’équilibre du psychisme » et participe du développement de la personnalité. La psychanalyse et la psychologie se sont énormément intéressées aux rêves et à leur interprétation. Le rêve, survenant le plus aisément à la conscience, est celui qui précède immédiatement le réveil. 

Il existe différents types de rêves : le rêve d'actualité (l’étudiant qui rêve de son examen, la fille qui rêve de son premier rendez-vous de travail par exemple), le rêve coïncidant à un élément environnemental du moment du rêve (un son, un bruit, une parole extérieur), le rêve récurrent, répétitif, le rêve créatif, le rêve sexuel... 

Il ne faut pas prendre au pied de la lettre nos rêves. Certaines fois, ils sont la traduction d’une situation inverse ou n’auront aucune incidence sur notre vie. D’autres fois, vous aurez l’impression d’avoir vu ou ressenti des choses. Lors d’une psychothérapie, ils peuvent avoir une importante signification. Comme disait Steven Tyler du groupe Aerosmith dans la chanson « Dream On », continue de rêver jusqu’à ce que tes rêves se réalisent…Il a sûrement raison !

 

Alain Héril

Psychanalyste et sexothérapeute

À partir du moment où l’on prend conscience de la dimension de l’inconscient en nous, on ne peut qu’accorder une grande importance à son monde intérieur et notamment à ses rêves. L’inconscient est une partie de nous très mystérieuse et très profonde qui se compose de strates personnelles liées à notre histoire et d’éléments généalogiques liés à notre histoire familiale et à la culture à laquelle nous appartenons.

Ce qui est déroutant c’est d’accepter que nous n’ayons pas le contrôle absolu de notre inconscient. Celui-ci est une partie importante de nous, qui agit sur nos comportements, nos symptômes, notre imaginaire sans que l’on sache totalement de quoi il est composé. Nous sommes donc continuellement étrangers à nous-mêmes. C’est inconfortable et terriblement gênant pour notre besoin de toute puissance et pour notre mental.

Aussi lorsque Sigmund Freud déclarait au début du XX° siècle que : « Le rêve est la voie royale vers l’inconscient » on ne peut que se pencher avec attention, respect et remerciement sur nos rêves et les informations précieuses qu’ils nous délivrent sur nous-mêmes.

Mais ce qui également particulier c’est que l’inconscient a son propre langage et que lorsque celui s’exprime au travers des rêves, nous restons souvent interloqués tant nous avons besoin de décrypter et d’interpréter ces signes et ces symboles obscurs. 

Les approches sont nombreuses concernant l’interprétation des rêves. Chaque approche en psychothérapie propose ses propres modalités de décryptage. Mais n’oublions pas que le meilleur interprète d’un rêve c’est le rêveur lui-même. Et que donner de l’importance à ses rêves c’est accepter qu’il y a en soi une pièce farfelue qui se joue, à laquelle nous ne saisissions pas tout mais dont le principal héros c’est nous-mêmes !

 

Bruno Martin 

Sexothérapeute 

Deux types de « rêves » en amour sont intéressants :

Les rêves érotiques ou romantiques qui surviennent pendant les phases de sommeil paradoxal ou bien, ce qu’on peut dénommer « rêve » de manière métaphorique et qui est en fait une illusion, une projection ou un fantasme qui apparaissent à l’état de veille.

Le premier type de rêve qui se déroule durant le sommeil, fortement commenté par la psychanalyse, reflète l’émergence non censurée d’un inconscient empli d’un certain désir. Loin des pressions morales il nous montre finalement une face cachée de nous-même et donne une forme de direction vers laquelle nos pulsions ont envie de se décharger. Son importance revêt donc un aspect simplement indicatif.

Pour l’autre forme plus consciente de nos rêves d’amour éveillés, nous devrions tous leur accorder un intérêt plus conscient ou plus grand.

D’une part, j’observe que dans ma pratique au sein de la clinique psychiatrique, tous les êtres humains qui cessent de « rêver »… Dépriment ou entrent en profonde dépression. Nous sous-estimons l’importance du « rêve » et des projections vers l’avenir en matière de santé psychologique. Ceci est d’autant plus vrai pour l’amour. En fait nous ne tombons pas amoureux d’un être dans sa réalité, mais toujours d’un rêve, c'est-à-dire de l’idée que nous nous faisons de l’autre. D’où la cruelle désillusion que beaucoup rencontrent dans les constats du quotidien. 

L’humain est un grand rêveur devant l’éternel amour ! 

1ère phase : coup de foudre, 100% rêve,

2e phase : état amoureux, 50% rêve, 50% réalité, 

3e phase : diminution, 80% réalité, 20%rêve, 

4e phase : mort clinique, 20% hostilité, 80% réalité, 

5e phase : rupture, 80% hostilité, 20% réalité….

Moralité : l’’amour disparaît quand s’envole le rêve à deux… À bon entendeur salut, et faites de beaux rêves !

 

L'avis de Brigitte 

Les rêves ont toujours été sujets à de nombreux fantasmes. Certains voudraient les voir comme des messages prémonitoires, il faut plutôt les considérer comme des messagers de notre psychisme. 

Les psys, lors de l’analyse d’un patient, s’en servent pour mieux décoder tout ce qui ne se dit pas. Car en effet, ce n’est pas parce que nous dormons que notre vie s’arrête, bien au contraire. 

Ce travail onirique permet une libération. Tous nos désirs ne sont pas autorisés, cela ne veut pas dire que nous y renoncions totalement, ils peuvent la nuit apparaître mais de manière tout à fait déguisée. Nous connaissons tous ces fameux lapsus qui nous font parfois dire des choses stupides mais qui, pourtant, ont un sens lorsqu’on sait bien les interpréter. Nous accomplissons également des actes manqués, des oublis incroyables. Par exemple, nous oublierons d’appeler quelqu’un ou nous arriverons en retard à un rendez-vous essentiel.Tous ces indices peuvent nous aider à voir plus clair en nous. 

Et puis il y a les rêves, ces scénarios souvent abracadabrants qui nous semblent si loin de notre réalité. Bien sûr il n’est pas toujours facile de les décoder mais ils nous renseignent sur une partie profonde de notre personnalité. Bien sûr, on peut se faire aider par une tierce personne. Il est bénéfique de rêver, même les cauchemars ont un effet positif puisqu’ils permettent d’évacuer des souffrances non élaborées. Un rêve récurant indique notamment quelque chose d’important pour nous. D’ailleurs très souvent lorsque le message onirique a été compris, bien souvent ce rêve répétitif tend à disparaître. 

Alors respectons nos rêves mais donnons leur l’importance que l’on veut. Car après tout, si tout va bien, inutile de se poser trop de questions. Il y a une tendance aujourd’hui à vouloir tout savoir sur tout mais ce n’est pas le chemin indispensable au bonheur.

Comme pour les fantasmes, l’interprétation n’est pas toujours source de mieux-être. Mais si en effet il faut donner à nos rêves l’importance qu’ils méritent, n’oublions pas qu’il faut vivre sa vie et non la rêver... 

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Le 05/10/2015 à 10:56

Réponse de

Bonjour, LE Rêve, sujet Ô combien intéressant, Il y'a tant de choses à dire!!!



J'aime bien l'analyse de chacun, et celle de Bruno Martin également:



Il a plutôt raison, pour que l'amour survive, il faut l'alimenter et le rêve, la fantasmatique, la passion (entre deux personnes et aussi pour une activité commune), la communication, l'écoute active, je rajouterai l'intimité (pas uniquement sexuelle) font partie intégrante de sa bonne santé.



Si chacun rêve de son côté, sans même pourvoir le partager avec l'autre et si nous ne faisons ni rêve en commun, ni projet, comment croire que ça peut continuer?



Pour ma part, je n'attache pas trop d'importance au rêve, sauf quand celui ci m'interpelle et qu'il me donne envie de comprendre pourquoi, j'ai vu telle ou telle personne avec qui je n'ai aucun contact (un ancien ami, un défunt ou une célébrité) bref, parfois on a envie de comprendre, de rationaliser, sauf que parfois, il ne faut pas chercher, c'est juste un pot pourri de plein de choses passé, présente et futur et que c'est du charabia...



Parfois, On rêve avec une précision du détail qu'on a l'impression d'être présent physiquement dans le rêve, pour le coup trop réel et là encore on se demande pourquoi ou si on a réellement rêvé? Quelquefois, il s'agit de rêve prémonitoire, on le comprend que quand les événement surgisse dans notre réalité...et là c'est assez déroutant...



Il faut à raison garder, ne pas se focaliser dessus pour ne pas que ça empiète sur la vie car comme le dit si bien Brigitte, Il faut "vivre sa vie et pas se contenter de la rêver!"