La pilule du désir

Publié le 10/10/2016 à 22:10

Appelée à tort viagra féminin, cette pilule rose qui vient d’être autorisée sur le marché américain aurait la possibilité de redonner le désir aux femmes pas encore ménopausées (on se demande d’ailleurs pourquoi !) et qui seraient en panne de libido. Or, les études montrent que les résultats ne sont pas si probants...

Parmi le panel de femmes ayant testé la fameuse pilule, seulement 10 % environ d’entre elles ont reconnu une augmentation de leur libido et les effets secondaires ne sont pas à négliger. Je crois qu’il est toujours utile de rappeler que tout médicament doit d’abord et avant tout être utilisé seulement après avoir fait la part des avantages et des inconvénients. Ce dernier ne semble pas réussir son examen.

Certes, cette pilule peut en effet redonner une certaine énergie libidinale puisqu’elle est à base de sérotonine ; une hormone qui a d’ailleurs aussi un effet positif sur notre appétit. Cela reste toutefois très « physique ». Or, le désir n’est pas généré par notre organisme physique, son fonctionnement est nettement plus subtil, c’est ce qui le rend si mystérieux, si fragile mais aussi si magique.

Ne confondons pas l’excitation pulsionnelle souvent très viscérale et cette envie de se faire plaisir. Car, tout est là : le désir est vraiment l’envie d’avoir envie. Il dépend d’abord de nous-même. Sommes-nous des êtres de désir, prêts à s’offrir des moments agréables dans tous les domaines ou au contraire des êtres raisonnables qui n’osent pas s’accorder des plaisirs ?

La femme sans doute plus que l’homme a subi des diktats particulièrement contraires à une capacité de laisser le désir circuler. En même temps, sur le plan biologique la femme est aussi régulée ! Son désir est souvent lié à sa capacité de pouvoir ou pas se reproduire.

L’avantage de l’être humain sur l’animal ou le végétal, c’est sa capacité à évoluer, j’aime à dire à se « verticaliser ».

Et justement, c’est en comprenant mieux nos pulsions sexuelles, notre fonctionnement affectif et nos besoins fondamentaux que nous réussissons à rester dans l’envie d’avoir envie. Notre désir, oserais-je dire, dépend de notre capacité à nous aimer au sens le plus profond du terme. Médicaliser le désir est pour moi une nouvelle preuve que nous ne comprenons rien à ce qui nous élève. 

Débattez-en sur notre forum

Pour pouvoir réagir, nous invitons à vous connecter Se connecter