Pourquoi les femmes aiment-elles tant les prélimin

Publié le 10/10/2016 à 22:09

Chaque semaine, nous vous proposons un dossier sur l'amour, le couple ou la sexualité commenté par certains de nos experts... Et Brigitte, bien entendu ! 

En matière de sexualité nous ne sommes pas égaux. En prenant garde aux raccourcis trop généraux, nous pouvons tout de même admettre que, physiologiquement, les préliminaires sont plus nécessaires à la femme qu'à l'homme.

Une fois que l'on a dit ça, il convient de bien comprendre le fonctionnement de chacun pour pouvoir fonctionner à deux.

Nos experts vous guident dans cette réflexion... 

Alain Héril

Psychanalyste et sexothérapeute

Je pense que cette question fait partie de certaines idées reçues sur la sexualité. Et il ne me semble pas, à l’écoute de mes patientes, que ce soit si évident que cela que les femmes soient les reines des préliminaires et les hommes les rois de la pénétration.

Il me semble plus juste de dire que ce que les femmes attendent d’un homme dans la relation sexuelle c’est plutôt une qualité de présence, une écoute constante. Elles ne supportent pas que leurs partenaires aient la tête ailleurs ou qu’elles se sentent considérées comme de vulgaires objets sexuels. Bien sûr il y a dans les préliminaires une tendresse naturelle, une approche, un jeu qui peut correspondre à un désir féminin singulier. Mais les hommes aussi peuvent aimer cela et parfois plus que les femmes !

J’ai rencontré aussi beaucoup de femmes qui me disaient à quel point la pénétration était pour elles importante et nécessaire, et combien elles s’ennuyaient au cours de cunnilingus trop longs ! Néanmoins, je crois que les femmes qui disent aimer surtout les préliminaires sont des femmes qui ont besoin d’être choyées et qui peuvent parfois avoir peur de la seule pénétration ou qui associent celle-ci à une effraction.

Mais qu’en est-il de la jouissance féminine dans tout cela ? Elle peut être multiple, désordonnée, libertaire. Elle peut avoir lieu pendant les préliminaires ou après, peu importe en somme !

Et il serait bon de temps à autre de bouleverser l’ordonnancement trop lisse et habituel du scénario sexuel : préliminaires/pénétration/orgasme…pour laisser la place à la créativité et à l’instant présent du désir. Dès lors la question qui se poserait serait de l’ordre de « peut-on aimer le sexe et la rencontre qu’il suppose avec l’autre et avec soi-même au-delà des schémas pré-établis ? »

Bruno Martin 

Sexothérapeute 

Les préliminaires permettent une progression dans la sensualité et la confiance réciproque. Ils symbolisent la passerelle entre le Sentimental et le Génital, un usage souvent impératif pour la plupart des femmes. Baisers, étreintes et caresses deviennent les vecteurs majeurs de ces moments qui font baisser leur « pont-levis ». Elles y voient en effet une marque de reconnaissance et d’attention indispensable à leur lâcher-prise. Cette approche non frontale du sexe les rassure sur leur valeur (elles ne sont pas réduites à un objet sexuel) et leur permet de faire monter leur excitation afin de préparer leur sexe à une pénétration ultérieure. Néanmoins, une minorité d’entre elles n’apprécie pas ces moments durant lesquels elles s’ennuient. Elles ont acquis une forme de réflexe conditionné : « stimulation = orgasme » qui les conduit à une jouissance rapide, dénuée du temps et de la sensualité que demandent ces instants.

Le baiser amoureux, qui représente le premier préliminaire physique, est une expression romantique ou sexuelle dans laquelle les partenaires s’embrassent sur la bouche ou ailleurs. Cette manifestation du haut du corps énonce un message avant tout sentimental : « Le baiser est la plus sûre façon de se taire en disant tout. » (Guy de Maupassant). Il symbolise l’un des meilleurs baromètres de l’amour. Lorsque le couple cesse de s’embrasser, il y a souvent une forte chute des sentiments amoureux.

Tout ceci devrait alerter l'homme quant à l'importance et le sens du préliminaire pourtant on dit souvent que si la femme simule parfois l'orgasme, l'homme simule souvent les préliminaires.

François Parpaix

Médecin sexologue et thérapeute de couple 

 Les femmes en raffolent… mais les hommes aussi. Juste qu’ils empruntent plus volontiers l’autoroute quand elles apprécient un petit détour par les routes de campagne. 

Les préliminaires, sauf incapacité à les accueillir ou maladresse du partenaire, sont agréables en soi. 

La femme :

- se sent aimée par la tendresse, les mots d’amour, l’attention et le soin que son partenaire lui prodigue.

- se sent désirée et désirable à travers le plaisir que le même partenaire prend à la goûter de toutes les façons.

Mais avant tout, ils déclenchent et entretiennent la lubrification et la volupté par de multiples sources d’excitations, qu’elles soient sensorielle, émotionnelle, affective et contextuelle. Au bout de cet entre-deux intime érotique, souhaité mais pas obligatoire, l’orgasme. Les préliminaires sont d’autant plus nécessaires à la femme, qu’il existe un décalage par rapport à l’homme pour y parvenir. Les récepteurs dans son cerveau, dans tout son corps, dans son périnée et en particulier de son sexe (son vagin est comme un doigt de gant retourné à l’intérieur, en faisant une caisse de résonance à plaisir) transforment les préliminaires en un chaudron à volupté bien avant le coït. 

Pratiqués avec lenteur, en pleine conscience et dans une intensité croissante, ils offrent des combinaisons infinies. Ils passent par la capacité de l’un et de l’autre à accueillir et à offrir effleurages, caresses, palpations, pétrissages, frottements, baisers, léchages, respirations, sons, odeurs, mots, jeux avec ou sans objets… 

Ceci dit, un p’tit coup « vite fait, mal fait » garde son charme et ne vous interdit pas d’enchaîner par une deuxième vague d’intimité érotique plus lente… tant que la vigueur le permet. 

A contrario, passer trop (tout est relatif) de temps à caresser sa partenaire peut se retourner contre l’amant généreux, s’il oublie qu’à un moment, elle réclame ardemment la pénétration sous peine de voir s’éteindre son excitation. Aux hommes de ne pas s’oublier non plus. Question de dosage, de tempérament, de culture érotique… tout un art. D’où l’intérêt de bien se connaître et d’agir en osmose.

L'avis de Brigitte

Je sais bien qu’il est de bon ton aujourd’hui de vouloir une égalité parfaite entre hommes et femmes mais la sexualité des uns n’a rien à voir avec celles des autres !

Les premiers voudraient que ça démarre vite et arrivent d’ailleurs facilement à l’orgasme, les secondes aimeraient que ça commence doucement et aspirent à atteindre une jouissance. Il n’est donc pas toujours simple d’être en harmonie sur le plan sexuel. 

Pour ceux qui aiment les chiffres, sachez que les hommes en moyenne arrivent au paroxysme de leur excitation en à peine cinq minutes et les femmes ont besoin d’environ une dizaine de minutes pour être excitées. Or, ce décalage peut vraiment s’atténuer grâce aux préliminaires qui, vous l’avez compris, sont plus utiles aux femmes. 

Heureusement, aujourd’hui les hommes l’ont compris et d’ailleurs la majorité d’entre eux aiment aussi les préliminaires. Ce qui ne signifie pas toujours qu’ils soient experts. Voilà pourquoi les femmes doivent apprendre à se connaître pour ensuite pouvoir guider leur partenaire. 

Bien souvent quand un homme est réfractaire aux préliminaires, c’est par ignorance ou par peur de mal faire. Et bien sûr la peur de perdre l’érection est également une des raisons de cet évitement. Ces hommes veulent aller « droit au but ».

La dimension sexuelle entre en compte dans la pérennité des couples et les hommes, tout comme les femmes, ont intérêt à le comprendre. Les hommes doivent s’occuper du plaisir féminin et les femmes doivent entendre les besoins sexuels des hommes. 

Enfin, pour les femmes qui se sentent inquiètes parce qu’elles préfèrent les préliminaires au coït, qu’elles se rassurent. Là encore les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 70 % des femmes connaissent l’orgasme lors du prélude. 

Néanmoins, il est également utile de signaler qu’une faible majorité de femmes n’aiment pas les préliminaires, la plupart du temps à cause d’inhibitions personnelles.

Perte de désir, jouissance difficile à atteindre, partenaire égoïste... Posez vos questions sur le forum ou parler à l'un de nos thérapeutes ici. 

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