Qu'est-ce qu'une addiction sexuelle ?

Publié le 10/10/2016 à 21:32

Chaque semaine, un dossier sur la sexualité commenté chaque jour par l'un de nos experts...

Qu'est-ce qu'une addiction sexuelle ?

Lundi 12 novembre

Nom : HERIL

Prénom : Alain

Profession : Psychanalyste, sexothérapeute et formateur

L’addiction sexuelle est une véritable pathologie qu’il ne faut pas confondre avec une hypersexualité qui elle serait plutôt le signe d’une libido puissante et active. Il y a plusieurs phases dans la « véritable » addiction sexuelle : L’obsession qui est la recherche d’excitations sexuelles de toutes sortes, la ritualisation où l’on prononce des paroles rituelles, où l’on fait des gestes répétitifs comme les personnes atteintes de Troubles Obsessionnels Compulsifs. Viennent ensuite la compulsion qui est le passage à l’acte sexuel qu’il est impossible de contenir et de contrôler et, in fine, le désespoir qui est une phase de regret, d’impuissance et d’intense culpabilité !

Il est à noter qu’il existe un test très fiable (trouvable sur Internet), qui s’appelle « Le questionnaire de Carnes » et qui permet de mieux savoir où on en est d’une éventuelle addiction sexuelle.

L’addiction sexuelle est donc une véritable maladie qui nécessite une aide psychologique voire psychiatrique et il faut se méfier des étiquettes trop rapides, accusatrices et moralisatrices posées sur des personnalités qui, finalement ne sont pas plus obsédées sexuellement que tout un chacun hormis leur exposition médiatique.

Mardi 13 novembre

Nom : ARLIN 

Prénom : Philippe

Profession : Sexo-thérapeute

L’addiction sexuelle est encore aujourd’hui l’objet de débats chez les sexologues, psychologues et psychiatres. Le terme addiction était jusque-là réservé à l’usage de drogue, de tabac ou d’alcool et rarement à la dépendance sexuelle. La raison en est simple, c’est que la frontière entre une forte libido et une addiction au sexe n’est pas toujours facile à définir.

Pour autant je pense que certains repères, peuvent nous y aider. Tout d’abord, combien d’heures par jour sont consacrées à la recherche et à l’assouvissement des besoins sexuels, mais aussi quelle somme d’argent y est investie ?

Est-ce que cela peut amener à ne pas honorer les obligations professionnelles, personnelles ou familiales ? (la personne préférera toujours la possibilité d’avoir un rapport sexuel à tout autre activité, même obligatoire).

L’assouvissement de ces pulsions apporte-t-il un véritable plaisir ou juste un soulagement ?

Enfin si par le dépassement de certaines limites (temporelles, financières ou professionnelles) l’individu se met en danger alors oui je crois qu’il faut parler d’addiction sexuelle et envisager de consulter.

En parallèle, ou ce qui en découle, c’est l’émergence d’une véritable addiction à internet, (supports pornographiques ou sites de chat et de rencontres). Celle-ci pouvant bien souvent prendre la place de la sexualité de couple.

Alors je crois qu’en sexualité encore plus qu’ailleurs il ne faut jamais oublier la valeur stimulante de la frustration, de l’interdit…

Mercredi 14 novembre

Nom : PERETTI

Prénom : Marie-Laure

Profession : Docteure en Psychopathologie fondamentale et Psychanalyse - Psychothérapeute

Une addiction sexuelle est une conduite compulsive qui vise à répéter des actes sexuels (masturbation, hypersexualité, visionnage de sites pornographiques sur internet etc-) sans pouvoir s’y soustraire, malgré une prise de conscience d’une perte de liberté et peut-être de la souffrance que peut ressentir le(a) partenaire lorsque dans un couple, l’un des deux est dans ce type de conduite.

Lorsque la sexualité se développe dans une relation pathologique, il ne s’agit pas d’un attachement mais d’un « accrochage ».

Lorsqu’on parle d’attachement, cela implique du lien et la possibilité de se détacher, puisque l’attachement laisse la personne libre, dans le lien qu’elle tisse avec une autre.

Il est va tout autrement dans l’addiction, qu’elle soit sexuelle ou autre.

Quand on est « accroché », on ne peut pas se décrocher. D’ailleurs, les personnes dépendantes disent qu’elles sont « accro ». Ce terme sert à signifier par une image ce que vivent les personnes qui souffrent d’une addiction.

Elles doivent répéter inlassablement leur conduite sous peine de souffrir d’un manque intolérable. Rien ni personne ne peut combler le vide ressenti, pas plus d’ailleurs que la répétition des actes sexuels. C’est ce vide qu’il faut soigner, gérer, appréhender, comprendre.

Jeudi 15 novembre

Nom : MARTIN

Prénom : Bruno

Profession : Sexothérapeute

Les exemples se multiplient dans notre société « free sex ». Et, « D S K », dernier cas célèbre en date, a semble t’il rajouter un effet secondaire nouveau à l’addiction sexuelle : « le suicide politique », en prouvant peut être du même coup que Viagra ne redressera pas l’économie de la France. Méfions nous donc de l’addiction sexuelle !

C’est un comportement sexuel qui est mis en place de manière compulsive pour à la fois produire du plaisir immédiat et pour soulager d’un malaise intérieur. L’addiction représente aussi souvent un moyen illusoire de fuir un sentiment ou une réalité difficile à affronter. Fi du « demain j’arrête ! », l’addict sexuel devient dépendant de ce comportement qu’il répète sans contrôle possible alors qu’il peut lui occasionner des troubles nombreux (physiques, psychologiques, relationnels, sociaux…).

« L’addict sexuel » n’est pas dépendant d’un produit mais d’un comportement : visionnage de vidéo X, masturbation compulsive, hypersexualité, drague compulsive… L’addiction sexuelle peut devenir une conduite à risque et se terminer parfois par la mort par contamination (V I H ou hépatite par exemple). C’est un trouble du système de récompense du cerveau qui doit entrainer une urgence à consulter. Pour les addicts sexuels aussi, « le changement c’est maintenant » !

Vendredi 16 novembre

Nom : KARILA

Prénom : Laurent

Profession : Médecin (Psychiatrie et Addictologie)

L’addiction sexuelle est caractérisée à la fois par l’impossibilité répétée de contrôler un comportement de consommation en lien avec le sexe et par la poursuite de ce comportement en dépit de la connaissance de ses conséquences négatives (sociales, psychologiques ou physiques persistantes ou récurrentes). Tout ce qui a attrait au sexe est prédominant ainsi que les activités préparatoires à la réalisation du comportement addictif. Les individus touchés sont les propres otages de leurs préoccupations sexuelles. Il n’y a aucune modulation des choses. Tout ce qui les entoure passe à travers un filtre sexuel où tout est scénarisé mentalement sur le plan sexuel (rencontre au travail ou dans une soirée, réunion, rendez-vous professionnel ou amical…). La consommation sexuelle est excessive et touche différents supports sexuels (pornographie, webcam, streaming, VOD…). Les personnes utilisent le sexe en réponse à un état d’anxiété, de dépression ou de stress. La perte de temps liée au comportement sexuelle est importante. Le sex addict expérimente les échecs répétés de résister à l'impulsion d'entreprendre un ou des comportements sexuels spécifiques. Il existe des symptômes de manque lorsque la personne ne peut pas passer à l’acte et une augmentation progressive de la dose sexuelle pour retrouver les sensations de la première fois (plus de films pornos, plus de webcam, plus de chats érotiques…).

Samedi 17 novembre

L'avis de Brigitte :

Le terme est un peu nouveau mais les addicts sexuels ont toujours existé, on parlait plutôt d’obsédés sexuels ou de nymphomanes.

Je sais bien que de nombreuses femmes considèrent leur partenaire comme un addict sexuel car il ferait bien l’amour deux fois par jour si elle le laissait faire !

Mais je crois qu’il ne faut pas confondre les besoins sexuels certes parfois importants chez un homme et l’addiction sexuelle.

Pour exemple : un bon vivant qui aimera boire une bonne bouteille de vin lorsqu’il est entre amis ne sera pas considéré comme un drogué de l’alcool tandis que celui qui ne peut s’empêcher de boire de l’alcool parfois même le matin avant son café est vraiment dans une dépendance malheureuse qui en général va plutôt en s’aggravant.

Idem pour le sexe, d’autant que le sexe même pratiqué à outrance ne pose pas de réels problèmes de santé.

En revanche, se sentir obligé de se masturber sans arrêt, aller voir des prostituées au point de mettre sa situation financière en danger, tout cela indique un comportement addictif.

En fait, l’orgasme provoque un bien être apaisant qui soulage des angoisses existentielles. Or, si un individu n’est pas bien dans sa vie, il utilisera le sexe pour aller mieux mais très vite il pourra tomber dans le piège de l’addiction. D’autant plus facilement si il se sert d’Internet. Car les nouvelles technologies mais sans doute aussi l’ambiance actuelle et les séparations de couples qui ont augmenté considérablement rendent de plus en plus de personnes addicts au sexe.

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