Faire le bilan de son couple, utile ou dangereux ?

Publié le 10/10/2016 à 22:08

Chaque semaine, nous vous proposons un dossier sur l'amour, le couple ou la sexualité commenté par certains de nos experts... Et Brigitte, bien entendu !

Le sujet de cette semaine a mobilisé nos experts. Sûrement la communication dans le couple fait-elle partie des principaux problèmes rencontrés... 

Le mot bilan sonne comme un couperet. Pourtant, en amour, rien n'est manichéen. Nos invités vous expliquent les bons, les mauvais côtés du bilan et surtout quand et pourquoi le faire. 

François Parpaix

Médecin sexologue et thérapeute de couple 

« … Le couple est la seule entreprise n’exigeant aucun entretien d’embauche préalable, ni audit. On s’accorde une compétence de principe quelque soit son expérience. Et vogue la galère… »*

Du coup, l’idée d’une petite révision de temps à autre peut se révéler utile, histoire de s’assurer que, passée la phase d’élan amoureux, on décline toujours avec bonheur l’intimité dans son couple. Quant à dire que c’est dangereux...Faire la politique de l’autruche, oui, ça l’est. 

Voir la réalité en face et pouvoir déposer ce qui va et ne va pas est un signe de respect de soi, de l’autre et une saine préoccupation pour son précieux patrimoine conjugal. Et puis, ne chaussons pas les lunettes noires : beaucoup d’éléments vont bien qui méritent d’être soulignés au même titre que les efforts et les progrès réalisés et de s’en remercier mutuellement et de définir les pistes à améliorer. C’est cela aussi un bilan de couple.

Parfois le constat des dégâts est édifiant. Erreur de casting ou goutte d’eau qui fait déborder le vase ? Aux deux partenaires d’entendre, de faire acte d’humilité et de réagir très fort en allant chercher la bonne motivation avec la bonne énergie au bon vouloir de l’autre qui a déjà un pied dehors. Pas sûr qu’on puisse réparer - rudes moments pour le thérapeute - même si le couple est une hydre qui repousse et peut déjouer les pires pronostics. 

Le plus souvent, le bilan est voulu par l’un malgré la réticence de l’autre qui finit par se laisser faire. Inconfortable quand un des deux tombe des nues ; sinon, ils repartent soulagés en se disant : « on aurait dû consulter plus tôt ». Reste à se motiver pour que chacun revienne sur le chemin du gagnant-gagnant en terme d’intimité et de qualité de vie à deux…

Soyons honnêtes, l’expertise du thérapeute prime (si thérapeute il y a, rien n’interdisant de faire un bilan entre vous). Or thérapeute on ne s’improvise pas. À lui de recueillir les données du problème, à canaliser le flux des émotions, à pointer les lignes de force de chacun, à ramener les événements à leur juste place quand c’est encore possible, à re-contextualiser l’ensemble dans une vie affective, sociale et familiale. Bref, à saisir le fil rouge et à restituer la logique du système à seule fin de ramener le couple sur une piste de croissance ou de les aider à se séparer, pour des lendemains meilleurs, dans l’estime de soi et sans refaire les mêmes erreurs.

Finalement, un bilan de couple est toujours utile… et ce ne sont pas forcément ceux qui se déchirent le plus dans nos cabinets qui se quittent… 

* Extrait de « Je suis sexologue mais je me soigne » de et par F. Parpaix, mis en scène par Bruno Chapelle au théâtre de l’Archipel du 17 octobre 2015 au 2 janvier 2016 (Paris)

Sylvain Mimoun

Gynécologue, andrologue et psychosomaticien

Tout dépend déjà du contexte dans lequel on le fait. Si l'on est déjà sous tension pour diverses raisons, c'est dangereux. En revanche, si l'on est tranquille et bien avec l'autre, on peut aller du côté du mieux-être.

Le but n'est pas de faire le bilan pour faire le bilan. Il faut que ce soit un moyen pour se sentir plus proche de l'autre et pas du tout pour émettre des critiques, des reproches ni tout ce qui peut éloigner l'un de l'autre. C'est là le plus difficile. Dans les commentaires qui seront faits, il y a toujours le risque qu'il y ait un mot de trop, c'est-à-dire le mot qui blesse, qui fait du mal, qui donne du doute à l'autre, etc. Il faut être conscient que lorsque l'on fait le bilan, le but n'est pas du tout de régler des comptes mais de comment être mieux ensemble. 

Pour faire ça, il est toujours mieux de commencer (et de continuer) en disant les choses plutôt positivement. C'est-à-dire : ce que l'on aime d'abord, ce que l'on aime un peu moins après. Un peu moins et non pas du tout. C'est capital ! 

L'ennui avec les discussions, soi-disant ouvertes, c'est que le dialogue aboutit souvent sur des règlements de comptes car l'un ou l'autre s'énerve… Voilà ce qu'il faudrait pouvoir éviter. 

Alain Héril

Psychanalyste et sexothérapeute

Le bilan d’un couple n’est pas dangereux en soi ! La question est de savoir pourquoi on a besoin de le faire ! En règle générale, le bilan du couple correspond à une « fin de cycle ». Quelque chose est en train de mourir dans la relation (le mythe de départ, des attentes comblées ou devenues inutiles, des réalisations effectuées…) et il est bon de le dire, d’en faire état afin que le couple puisse repartir sur de nouvelles bases, un nouveau contrat relationnel.

Mais le bilan d’un couple n’est pas une liste de litanies et de reproches faits à l’autre. Il ne peut être efficace que s’il est accompagné d’un minimum de remises en questions de part et d’autre et surtout d’une intense bienveillance envers la relation et ses éventuelles difficultés. Ce n’est pas non plus la mise en place de regrets au vu de ce qui n’a pas été accompli. Le bilan doit s’inscrire dans une véritable dynamique relationnelle, donnant à chacun l’envie de continuer … autrement, mieux, avec joie !

Derrière tout cela se pose la question du désir. Est-on encore désireux d’avancer ensemble dans cette aventure singulière ? Est-ce que le désir sexuel est toujours présent ? Et si oui, comment est-il activé ? Et il est intéressant de regarder les moments où l’envie de l’autre fut absente par le passé pour comprendre à quoi cela était dû. Non pas pour maintenir un désir constant mais pour mettre du sens sur les fluctuations naturelles du désir.

En fait, un bilan de couple n’a de sens que s'il confirme l’amour qui relie chaque partenaire et s’il permet à cet amour de grandir et d’évoluer dans une relation mature tout en restant ludique.

Philippe Arlin 

Sexologue - Sexothérapeute

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Le couple grandit et subit différentes transformations tout au long de son histoire, comme autant de carrefours. C’est de la capacité de chacun à réagir et à intégrer les changements que dépend l’avenir du couple. Mais indépendamment de ces périodes cruciales, il me semble important de savoir faire le point de son couple régulièrement, mais pas n’importe comment.

Il ne s’agit pas de faire un bilan comptable de la relation, avec les plus et les moins, les reproches et les incompréhensions. Il faut surtout prendre le temps de se parler et de s’écouter, parler de ce que l’on ressent de ce qui est important et surtout en prenant soin de ne jamais accuser l’autre. Il ne s’agit pas d’un procès, mais d’un échange qui doit dont être entrepris avec une sincère et véritable volonté de partage et de changement si besoin.

Il apparait évident que tout cela n’est possible que si le climat relationnel est apaisé, sinon, il y a fort à parier que cela tournera au drame et risque d’être plus nuisible au couple que constructif.

Si vous avez des doutes, n’hésitez pas à faire appel à un conseiller conjugal, il pourra vous aider à communiquer et à vous entendre. 

Un bon bilan est un bilan qui n’attend pas les périodes de crises, mais qui sait aussi prendre place au meilleur moment de la vie de couple, pour se faire écho des temps forts partagés et mettre en évidence la beauté de ce que vit la relation, renforçant ainsi les liens et la complicité. 

Christophe Médici. 

Life coach. Auteur de la méthode Haute Qualité Relationnelle.

La communication, dans le couple, c’est toujours essentiel. Il existe trop de relations amoureuses qui périclitent, s’étiolent parce que les deux protagonistes de la relation n’ont pas assez échangé, pas assez partagé … avec des mots. Certes, il existe des individus plus « taiseux » que d’autres, qui se définissent volontiers, comme étant, « quelqu’un de l’intérieur », expression tout droit sortie d’une chanson de Francis Cabrel. 

On a toutes et tous connus des individus qui se positionnent volontiers comme des rois et des reines du silence et qui sont prompts à « survaloriser » le silence, à expliquer que lui, nous amène dans le vrai, et qu’il savent « ce que parler veut dire ».

Oui, nous aimons aussi le silence, quand il aide à la méditation, comme espace où l’esprit pour ouvrir ses ailes, facilitant l’élévation de l’âme. On peut même attester que certains couples partagent plus, et plus profondément, dans des instants de silences que dans des palabres bruyants (surtout quand ce sont des scènes de ménage à répétition). Il n’en reste pas moins que nous sommes des humains, et que, dans notre espèce, il est bon de mettre les choses en mots… 

L’un des moments cruciaux que je prône pour vivre un couple hqr ( haute qualité relationnelle), c’est d’organiser des temps de régulation. Leur fréquence, vous la choisissez selon votre convenance : une fois par mois, une fois par semestre, une fois par an, on se prend un moment rien que pour nous deux et l’on se dit ce qu’on a aimé tout au long de ces derniers mois, tout ce que l’on a moins apprécié, et ce que l’on n’a franchement détesté. Chose que l’on n’a pas forcément le temps de faire quand on est « la tête dans le guidon », pris par l’agitation de la vie, toutes nos activités quotidiennes.

Nous avons toutes et tous des « attentes relationnelles ». Elles sont de deux ordres : attentes affectives, c’est tout ce qui touche aux émotions et aux sentiments. Mais aussi, attentes sur le plan pratique : tout ce qui touche au contrat, au matériel (j’y inclus les questions d’argent). Bien souvent, celles-ci sont inconscientes.

Il convient de conscientiser, pour vous, dans un premier temps, quelles sont vos attentes relationnelles.
Si vous vous sentez insatisfait (e) momentanément dans cette relation amoureuse, il apparait essentiel de savoir où le bât blesse. De son côté, l’autre doit en faire de même. C’est pourquoi, je préfère parler de « temps de régulation », plutôt que de bilan… Le terme me fait penser au monde entreprenarial. Néanmoins, ces temps de régulation s’apparentent de fait, à des « bilans d’étapes ». En soi, c’est positif.

Mais cela peut tourner mal (tourner court..), dans, au moins, trois circonstances :

La première, c’est lorsqu’un tel moment est désiré par l’un des deux membres du couple seulement. L’autre y va en traînant des pieds, à contrecœur. Pour lui, cela constitue plus une corvée qu’autre chose, et il ne voit pas ce qu’un tel dispositif pourrait lui apporter.

La seconde, c’est lorsque le moment est mal choisi. Il faut sentir le bon moment, pour effectuer un temps de régulation de couple. Je prône de décontextualiser la relation, de le pratiquer dans un lieu où nous n’avons pas l’habitude d’aller ensemble : lors d’une escapade, en week-end, dans un beau lieu….En vacances, à l’étranger… Il faut que le lieu et l’endroit soient agréables. Autrement dit, il faut que le temps de régulation soit vécu, par tous les deux, comme un MOMENT DE QUALITE, même si l’on n’a pas que des choses positives à se dire. 

Enfin, il ne faut surtout pas que cela soit l’ambiance « règlement de compte ». Si les deux membres du couple ( ou un seul ), se lancent dans une diatribe teintée uniquement de « reprochite aiguë », le temps de régulation risque d’être contre-productif.

Au bout du compte, dans une perspective de psychologie positive, ne perdons pas de vue l’objectif central d’un temps de régulation : un rapprochement des deux amoureux, et un moment qui « soude » le couple.

Si tel n’est pas le cas, le bilan de couple, risque de tourner à la mise à la rupture…voire, à une déclaration en forme de «clap de fin ». On ne peut pas faire l’économie du fait que ce soit, parfois hélas, l’objectif de certains « bilans de couple ».

Les histoires d’amour finissent mal, en général ? Pas toutes, fort heureusement.

L'avis de Brigitte

Dans tous les domaines, on parle de faire des bilans mais en ce qui concerne le domaine sentimental, c’est rarement évoqué et c’est bien dommage car ce réajustement permet d’éviter l’usure normale d’un couple. Bien sûr, il n’est pas question de faire un point toutes les semaines, ni de discuter de tout. Mais de temps en temps, un bilan mené de manière positive est tout à fait judicieux 

Dans les premiers temps de la passion, il n’en est pas question. D’ailleurs, aucun des deux partenaires n’en éprouve le désir. Ce serait même vu comme négatif puisque le sentiment amoureux aveugle. De toute façon, il fait disparaître tous les petits défauts de chacun. 

En revanche, quelques mois après la rencontre, il me semble qu’une première mise au point serait tout à fait intéressante. Chacun pourra évoquer son objectif de couple et il sera utile de trouver des compromis afin de ne pas partir sur deux projets de vie trop différents. Parfois même ce premier bilan fera prendre conscience aux amoureux qu’ils ne sont peut-être pas vraiment faits pour vivre ensemble. 

Ensuite, il n’est pas nécessaire de faire régulièrement des bilans, une fois tous les deux ou trois ans c’est largement suffisant. On pourrait dresser ce tableau, une fois après trois ans de vie commune, première étape. Puis après sept ans et ensuite tous les cinq ans car on a constaté qu’une fois le laps de temps de dix ans passé, les couples ont des fondations solides. Ils ont trouvé leur mode de fonctionnement et ils deviennent assez indestructibles. 

En revanche dès qu’il y a eu un élément important qui change la donne, il peut s’avérer utile de faire un nouveau bilan. Par exemple, un changement de vie comme un déménagement dû à la profession de l’un ou de l’autre, l’arrivée du premier enfant, la mort d’un membre de la famille ou encore un adultère, autant de paramètres qui peuvent perturber et surtout qui n’ont pas les mêmes répercussions. Suivant la personnalité de l’un ou de l’autre, ces incidents peuvent sembler bénins ou au contraire totalement dévastateurs.

Si le couple parvient à communiquer dans une écoute réciproque, il peut faire son bilan sans l’aide de qui que ce soit. Mais attention, cela doit se faire de manière positive. Il n’est pas question de faire une avalanche de critiques. Juste signaler ce qui fait souffrir et comment rebondir vers un avenir commun. C’est par exemple le bon moment pour se redonner des projets intéressants. En revanche, si le couple communique difficilement, cela peut être l’occasion de rencontrer un thérapeute qui saura aider l’un et l’autre à s’exprimer.

ConsultOnline vous aide dans les premières étapes de la thérapie. Si vous avez besoin de conseils plus personnalisés, nos thérapeutes répondront à vos interrogations. 

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