Pourquoi internet nous rend-il si facilement addic

Publié le 10/10/2016 à 22:06

Chaque semaine, nous vous proposons un dossier sur l'amour, le couple ou la sexualité commenté par certains de nos experts... Et Brigitte, bien entendu ! 

Internet, addiction, nous sortons un peu de nos sujets de prédilection... Pas si sûr, vous le verrez, il est en lien avec nos relations, notre sexualité... 

Comment devient-on accro à Internet ? Sommes-nous tous des cibles ? Et comment cela peut-il couper le lien social ? 

Qui de mieux pour en parler que Laurent Karila, Christophe Médici et Brigitte ? 

Laurent Karila

Médecin spécialisé en psychiatrie et addictologie

Internet est un outil indispensable dans notre vie quotidienne. On se rend en permanence sur la toile pour chercher, vérifier, écouter quelque chose, se divertir, jouer, échanger… Il devient un support pour tout : les achats, les infos, la bourse, les réseaux sociaux, le sexe, les jeux vidéos, les jeux de hasard et d’argent… Donc un vecteur pouvant être source indirecte d’addiction chez certaines personnes vulnérables. Si l’on entend le mot addiction comme maladie, alors Internet devient un support de consommation dont on perd le contrôle, avec une perte de temps considérable, des envies irrépressibles de se connecter, un manque douloureux lorsque l’on ne peut pas se connecter et des conséquences surtout sociales mais aussi physiques ou psychologique. Le web est finalement utilisé pour lutter contre une souffrance, plus par plaisir ! Sur un autre versant, Internet peut nous rendre ACCRO (sans être malade) par son effet « gratification immédiate » et essayer de DECROCHER un peu en se fixant certaines règles peut faire du bien à la fois pour soi, pour son couple et pour sa famille. Maintenant, il est vrai que l’on ne peut pas s’en passer complètement en 2015…

Christophe Médici

Life coach. expert bien-être. Fondateur de la méthode Haute qualité Relationnelle ®.

Un sociologue américain, Marc Prensky, estime que l’on peut désormais diviser l’humanité en deux catégories : les digital natives et les digital immigrants. Les premiers sont nés alors qu’internet existait déjà. Pour ces « enfants du web », les règles, rituels et codes de la vie de la toile n’ont aucun secret.

Pour les autres, les digital migrants, c’est une tout autre affaire. Prensky nous explique qu’ils parlent le langage du web « avec un accent », comme lorsqu’on s’exprime dans une langue étrangère.

C'est parmi la première catégorie que l’on trouve le plus grand nombre d’addicts au web. Une étude récente témoigne qu’en France, les moins de 25 ans y passent en moyenne près de 3h30 par jour.

Aux USA, c’est 7h30 !

Pourquoi un tel phénomène ?

Les « digital addicts » s’y créent des communautés virtuelles auxquelles les internautes sont très attachés. Ils se retrouvent sur les réseaux sociaux et y partagent leurs passions. Cela les sécurise et les protège d’un univers extérieur qu’ils considèrent comme hostile. Les sociologues américains estiment que nous sommes désormais dotés d’un moi numérique. L’ennui c’est que, chez certains, cette « second life » devient toute leur vie. L’addiction est telle chez eux, qu’ils ne sortent plus de leur chambre, ne vont plus à l’école, ne fréquentent plus personne en dehors du monde virtuel. C’est le cas des hikikomori au Japon. Un phénomène qui toucherait environ 5% de la jeunesse de ce pays, ce qui est énorme.

Internet en fascine plus d’un. Même les digital migrants peuvent devenir « digital addicts ». Un journaliste français, Thierry Crouzet, a conscientisé qu’il était devenu addict à internet et au numérique. Il en a fait un burn-out. De fait, il existe désormais ce que l'on appelle le burn-out numérique.


Il a décidé de « décrocher » et s’est coupé de tout ce monde virtuel ( ainsi que de son smartphone) durant six mois. Il raconte son aventure dans un livre passionnant : « J’ai débranché, comment revivre sans internet. » Il explique comment il vérifiait en moyenne 250 fois ses mails ! Qu’il était tout le temps rivé sur ses messages Facebook ! Qu’il surfait à longueur de journée, sur tous types de sites. Il existe donc aussi un nouveau type d’errance : l’errance numérique. Les neuropsychiatres ont démontré que l’usage d’Internet peut agir comme une drogue sur le cerveau. 

En Californie, le mouvement « digital detox » est apparu depuis le début des années 2000. Il aide les citoyens devenus trop addicts à leurs yeux à se sevrer d’Internet. Il compte de plus en plus d’adeptes qui vont passer des week-end entiers dans des parcs , en pleine nature, à participer à diverses activités, en réelle présence. Obligation de laisser tous ses objets numériques à l’entrée.

En 2010, le journaliste Nicholas Carr écrivait un excellent livre au titre éloquent : « Internet rend-il bête ? ». Il y montrait que la fréquentation des écrans modifiait notre concentration et notre intelligence. En 2015, nous pouvons répondre qu’Internet ne rend pas forcément bête mais qu’il peut rendre aisément addict. 

L'avis de Brigitte 

L’addiction semble bien être le mal du XXI° siècle. J’aurais d’ailleurs tendance à penser que c’est presqu’un luxe ! En tout cas, il faut bien reconnaître qu'Internet facilite ce processus d’addiction, que ce soit pour le jeu, le sexe ou même les sites de rencontres et les forums. C’est une vraie vitrine ouverte sur le monde qui donne l’illusion qu’on peut tout trouver et encore mieux... 

Non seulement l’écran est accessible à tout moment de la journée mais tout est fait pour nous inviter à cliquer sur un autre lien puis, une autre fenêtre s’ouvre vers d’autres propositions. Bref, si l'on est un peu vulnérable, on peut se laisser entraîner à l’infini.

Tout le monde ou presque peut tomber dans une addiction. À certains moments de notre vie, nous pouvons être déprimé, nous sentir trop isolé et donc, passer du temps sur Internet. Les réseaux sociaux donnent l’illusion de ne plus être seul et très vite, on peut avoir envie de s’y retrouver régulièrement. Jusqu’à ne plus pouvoir s’en passer. Quant aux sites de rencontres, combien de gens, malgré une rencontre tout à fait intéressante vont rester connecter sur le site avec l’espoir de trouver une personne mieux encore !

Mais c’est sans nul doute pour le jeu et le sexe que l’addiction est la plus fréquente.

Le jeu est de toute façon très fréquemment addictif. Bien avant Internet des joueurs étaient interdits de casino ! Quant au sexe, tout est fait pour inciter l’internaute à regarder des images et ne plus pouvoir s’en passer. 

Il n’y a pas de problèmes évidemment à regarder de la pornographie sur un écran d’ordinateur, tout comme la masturbation ne pose aucun problème pour la santé, même avec une fréquence quotidienne. Malheureusement, quand un homme (plus généralement, même si certaines femmes maintenant sont aussi tombées dans le piège) se retrouve addict à la pornographie sur Internet, sa sexualité en pâtit. S’il vit seul, il aura tendance à ne plus pouvoir rencontrer une femme et s’il est déjà en couple, sa sexualité s’en ressentira. Certains hommes en viennent à préférer leurs masturbations solitaires à des rapports conjugaux. De plus, si leur compagne les surprend en train de visionner des images pornographiques, elle se sent généralement salie ou non désirable et cela met la relation en péril.

Internet est un outil formidable mais il convient de savoir se poser des limites. Si notre vie est assez épanouie, nous y parviendrons relativement bien. En revanche, s'il y a un manque existentiel, Internet viendra combler ce vide et risque ensuite de devenir incontournable. Dès lors, au lieu de se sentir mieux, l’internaute sera de plus en plus anxieux. L’addiction ne résout aucun problème personnel bien au contraire, elle ne fait qu’augmenter cette sensation de mal-être. Voilà pourquoi il ne faut pas hésiter à se faire aider dès que le symptôme s’installe. Il existe maintenant de nombreux thérapeutes spécialisés dans les addictions. 

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