La faute à Apollinaire

Publié le 10/10/2016 à 22:04

Anne Bert, auteure de S'inventer un autre jour (Tabou éd.), inspirée par les Onze Mille Verges de Guillaume Apollinaire, met en scène Anastasia Steele et Christian Grey dans ce texte qu'elle vous offre. Comme c'est cochon...

 

LA FAUTE À APOLLINAIRE

Coquins, vous a-t-on relaté que le 29 septembre 2013 très précisément, onze mille verges sont tombées comme des hallebardes sur la place publique ?

Imaginez un peu l’obscène spectacle pour célébrer gracieusement la débâcle de la vertu et de l’érotisme domestiqué ! À la queue leu-leu, flanquées d’un cocher cinglant, les hampes charnues enserrées dans des mains gaillardes, se dressaient vers le ciel de Paris.

Elles furent attirées comme des mouches par les phéromones de l’innocente Anastasia, menottée aux grilles du numéro 27 de la rue Jacob, occupée à tapiner par amour pour ses maîtres. Dix mille d’entre elles la besognèrent sans aucune nuance. Anastasia, après tout, devait embrasser un tas de crapauds avant de trouver son prince charmant et les baises et autres enculages devaient être brusques, c’était écrit.

La donzelle semblait y trouver quelque avantage, réveillée d’un long engourdissement, elle invectivait ce corps armé qui faisait bloc, en gueulant des Ahhh et des Ahhh... des Encore !... Au suivant !... Doux Jésus ces pines sont en moi... Ça tire à couilles rabattues, comme c’est cochon... Comme c’est cochon... Ah oui, encore... et autres fadaises de jeune fille docile autrement émoustillée par l’odeur d’un stupre un peu plus rustique que celui de son bellâtre de maître Christian.

Fourrageant ses trois orifices, les queues déversaient une pluie de foutre dans toutes les bouches de la belle enfant qui n’avait jamais été aussi affriolante que fourrée de la sorte. Les yeux fous et révulsés, Anastasia dégorgeait à petit bouillon laiteux tandis que les mille verges restantes, plus facétieuses, s’intéressaient à son maître qui observait la scène, abasourdi.

Son bébé furieusement foutue le faisait triquer comme jamais, mais, mais enfin... ce n’étaient pas des manières d’être travaillée par ces gros dards graveleux aux couilles trop grasses sans lui avoir demandé son avis ! Perdu dans son indignation, il contemplait sa douce élève subitement transformée en gorgone lubrique.

Il eut le sentiment de s’être fait baiser sur ce coup-là, ce qu’il ne croyait pas si bien penser, car en plein dans le mille, c’est ce que les dernières verges visaient en le maîtrisant pour le déculotter.

Que voulez-vous les amis, ce foutoir est la faute à Apollinaire, fouette cocher, fouette ! Le premier dard partit en éclaireur dans le sillon culier rougi pour préparer son œillet à l’assaut, sous l’œil des éditeurs agglutinés sur le trottoir, fortement alléchés par la juteuse escouade fraîchement débarquée.

 

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