La prostitution, ça vous regarde !

Publié le 10/10/2016 à 22:02

Catherine Marx, auteure des Différents visages de la prostitution (éditions de l'Eveil), vous interpelle aujourd'hui sur un débat qu'elle veut citoyen. Même si vous n'êtes pas prostitué(e), même si vous n'êtes pas client(e), vous êtes concerné. Elle vous explique pourquoi...

Au dernières nouvelles, le Sénat s'est prononcé pour le rétablissement du délit de racolage passif avec pour l’instant la suppression de la pénalisation du client. Pour information, ce délit concerne les prostituées qui par leur attitude ou leurs vêtements laisseraient entendre qu'elles offrent des services de nature sexuelle contre rémunération. C'est puni de deux mois d'emprisonnement ou de 3750 euros d'amende. Dans les faits, elles sont peu nombreuses à subir cette sanction. Le plus souvent, on les emmène au poste pour la nuit. En réalité, on s'en sert depuis 2003 pour traquer les prostituées immigrées en situation illégale. Ce qui explique les chiffres de la prostitution fournis par le ministère de l'intérieur (et rabâchés par les abolitionnistes de tous poils) et qui stipulent qu'à 90% la population de prostituées en France est composée d'immigrées en situation de forte précarité...
Propagande

Ce qui me dérange fortement, c’est la manipulation sémantique à laquelle nous sommes soumis. Clients "prostitueurs" (commettant un meurtre psychique ?), "le client crée la prostitution", il "impose un acte sexuel par de l’argent" …

Comment peut-on oublier que les femmes se sont toujours volontairement servies de leurs charmes pour monnayer leurs faveurs ? À une époque, le choix qui s’offrait à elles, c’était soit de le faire dans le cadre du mariage (avec un "bon parti"), soit de se faire entretenir comme courtisane, ou en étant putain. Les femmes possèdent un pouvoir réel sur les hommes sur le plan érotique depuis la nuit des temps. Elles ne cesseront certainement pas d’en user, surtout pas quand elles sont dans la misère, mais même en dehors de cela.

J’ai rencontré suffisamment de prostituées libres, volontaires, pour pouvoir affirmer que ce sont elles qui mènent le jeu. Elles n’acceptent pas n’importe qui et pas n’importe quoi. Et si vous saviez le nombre de types qui vont les voir pour se faire dominer, se faire insulter, féminiser, fouetter, piétiner, pisser dessus… 50 nuances de Grey à côté, c’est du pipi de chat ! Ils affrontent volontairement la femme dominatrice, crainte et désirée à la fois, dans des rapports de soumission aux vertus thérapeutiques… Et l’argent donné à la putain leur offre la garantie que ce ne sera pas divulgué, surtout pas à leurs épouses. Les hommes montrent aux putes leur vulnérabilité. Ils leur parlent. Ils se frottent à leur peau. C’est un rapport humain où le sexe est présent. Même quand les jeux de domination sont inversés et où le mâle se projette en situation de toute puissance pour mieux bander (ce qu’il peut faire en couple aussi, et en quoi serait-ce mal ?). L’humain est complexe. Il exprime tant de choses à travers sa sexualité. Vouloir la domestiquer, lui imposer des normes rigides, c’est la porte ouverte aux névroses…

La sexualité féminine en question

Les femmes ont internalisé au fil des siècles l’idée que le sexe n’était pas important, qu’il y avait les enfants, des vieux dont il fallait s’occuper, des oeuvres de bienfaisance, qu’il fallait être chaste, vertueuse, sérieuse (il y avait, n’oublions pas, le risque de la grossesse lié à chaque rapport sexuel…). Le 19e siècle puritain a vu l’émergence de l’hystérie, avec ces femmes qui de manière théâtrale exprimaient à travers leur corps l’intenable d’une sexualité et de désirs réprimés. Là, c’était too much. Aujourd’hui, nous avons évolué, mais gardons toujours cette idée que les femmes ont un désir fragile, plus faible, que les hommes. Alors que les rêves des épouses dites frigides sont peuplés de fantasmes torrides et qu’elles peuvent devenir des amantes endiablées dans les bras d’un autre homme, quand elles se l’autorisent…

Il y a d'ailleurs de plus en plus de femmes qui s’offrent les services d’hommes prostitués. Je crois que cela est lié à la libération sexuelle née de l’accès à la contraception et à l’avortement. Mais c’est tellement récent dans l’histoire de l’humanité... Notre inconscient collectif féminin nous pousse encore à penser qu’une femme qui couche le premier soir est une salope ou une pute, qu’on est moralement souillée par un rapport sexuel sans désir, que l’homme profite d’une femme à travers le sexe, qu'elle offre ou qu'elle perd sa virginité (les mots ont leur importance)… Bref, que l’homme est le sexe désirant, toujours gagnant, conquérant. Et ça, c’est vraiment du sexisme, en plus d’être faux.

La gros tabou réside ici : la femme profondément sensuelle, la femme infidèle, la femme capable de dissocier sexe et amour, voire sexe et désir pour en tirer profit, capable de simuler, la femme joueuse quitte parfois à être manipulatrice, à séduire pour obtenir une position sociale, de l’argent. On préfère les considérer telles des victimes de prédateurs que d’envisager, ne serait-ce qu’un instant, qu’elles soient réellement égales à l’homme, voire qu’elles puissent le mener par le bout du nez. Pour les féministes actuelles, dominer un homme sur le plan intellectuel ou socio-économique, c’est flatteur. Le dominer en faisant usage de son corps, c’est avilissant (parce que ça comble les désirs d'un homme et qu'elles méprisent le phallus qui lui procure du plaisir à travers la prise de possession du corps féminin).

Le retour du puritanisme sur terrain de guerre des genres


Écoutez le débat auquel j'ai participé hier soir sur RFI, en tant qu'invitée de François Bernard.

Avec le raisonnement tenu par les gens du Nid, demain, c’est à la pornographie qu’on s’en prendra, avec les mêmes arguments. C’est une croisade morale. Peut-être pas sans lien d’ailleurs avec les origines catholiques de ce mouvement, mais surtout avec un féminisme qui après avoir réclamé que les femmes soient libres de décider de ce qu’elles font de leur corps vient entretenir la peur du mâle (à la sexualité jugée malsaine), dénotant par cela l’influence (dénoncée par Elisabeth Badinter dans son livre Fausse route) du féminisme américain porté par des lesbiennes misandres.

Je crois vraiment qu’il est temps de nous comporter entre hommes et femmes comme des complices de jeu et de cesser de sortir l’épouvantail de la domination masculine et du patriarcat pour manipuler les masses (et leurrer les femmes en les maintenant dans une posture de soumission à un ordre moral pour ce qui est de l’usage de leur corps). Ce n’est pas anodin que la stigmatisation de la prostitution ne concerne que les femmes… Les hommes qui se prostituent, on s’en fiche, on n’en parle pas ! Qu’ils soient homos ou hétéros ! On entretient le stigmate de la femme putain vs la femme bourgeoise (pour mieux garder les bourgeoises dans leur rang…). Il faut sortir de la guerre des genres, sinon demain, c’est

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Le 07/08/2015 à 14:15

Réponse de Victor

tout à fait d'accord. cette loi votée par l'AN de pénalisation des clients est absurde et sociologiquement néfaste, mais une majorité de députés, des hommes et femmes comme tout le monde (et qui ont souvent "leur problème" souvent sur ce sujet ce qui était dit hier par Brigitte hier 6/7 sur RMC à world-love ) foncent sans étudier le dossier par honte intimidée par la réthorique crypto-moraliste des leaders dans cette direction.Au lieu de, tant qu'à faire, légaliser plus sagement avec droits sociaux pour les prostitué(e)s adultes et libres de choix et combattre fermement les réseaux internationaux

5 passes par jour x 35 000 prostitués sur le territoire dit-on x20 jrs/mois = environ 3 millions de clients mensuels habitués noyau stable et qui sont souvent des électeurs aussi. Sous menace d'amende comme en Suède où le niveau des viols a été multiplié par 5 vis à vis de la moyenne européenne depuis 10 ans de leur loi sur la pénalisation des clients. Leurs revenus baisseront eux de 30/40%... en réveil surprise

C'est l'été tout le monde s'en moque mais la loi définitive risque bien de s'appliquer dès l'automne , contraire à tout bon sens et approfondissement du problème humain , au pays d'Henri IV , de Victor Hugo et etc.

Consternant !
Le 03/04/2015 à 07:56

Réponse de belbernard

« Pour les féministes actuelles, dominer un homme sur le plan intellectuel ou socio-économique, c’est flatteur. Le dominer en faisant usage de son corps, c’est avilissant. » C'est une clé de compréhension qui ouvre bien des portes !