Fantasme Exquis

Publié le 10/10/2016 à 22:01

Julie-Anne de Sée, auteure de littérature érotique, vous offre cette nouvelle, aussi courte que croustillante.

 

— ... Les individus aperçus dans le onzième après qu'ils ont saccagé une librairie ont laissé cette note :

Nous soussignés, héros de romans ou de toiles nous sommes échappés de nos œuvres. Certains souhaitent retrouver celui ou celle dont ils ont été séparés par leur auteur. D'autres réclament une revanche que l'écrivain ne leur a pas offerte. Nos perversités ont été imposées par nos créateurs. Nous ne regagnerons nos livres que lorsque nous serons reconnus victimes d'écriture. Le seul capable de nous aider est celui dont la mort ne fut pas douce, la folie et le génie bien grands : le ténébreux, le veuf, l'inconsolé Gérard de Nerval.

Suit une liste de griffes, aux volutes alambiquées indéchiffrables.

J’éteins le poste et sors, dévorée de curiosité. Je descends du métro à la station Père Lachaise. J'approche du cimetière quand une voix crie :

— Aline !

L’homme, la tête couronnée d'or me baise la main :

— Pausole, roi de Tryphème. Je poursuis ma fille, enfuie avec une danseuse ! L'avez-vous vue ?
— Non, mais cette femme peut-être ? Qui êtes-vous ? Très joli le camélia dans le chignon...
— Marguerite. Je recherche mon amant, Arm...

Une violente quinte de toux l’interrompt. Pausole la soutient en poursuivant :

— Et vous, seriez-vous sortie d'un recueil érotique ? Soyez ma 367ème concubine !

Sa dextre empaume ma fesse. Nous découvrons alors une scène insolite, Marguerite est ravie.

— Quel réjouissant spectacle ! Venez Julie, joignons-nous à cette joyeuse troupe !

L'Origine du monde, allongée sur la sépulture de Gérard, supplie qu'on vienne enfin l'enfiler. Je suis saisie par la Merteuil qui m'attache à la colonne face à la tombe. Valmont son complice approche. Son baiser a sur ma langue une saveur de violette. Comme l'encre de sa plume ? Il appelle O qui, d'une main rageuse, abat sa cravache sur mes cuisses. En visitant mon sexe d'un doigt curieux, le vicomte plante ses dents sur ma nuque. Du sang perle, je crie mes douleurs. Délicieux supplice, ma jouissance monte quand une lame érafle mon cou. C’est O, qui veut trancher tout vif mon plaisir. Entravée, je ne peux pas bouger. Cette folle va m’ouvrir la gorge ! Je hurle de terreur.

— Tu as dû faire un cauchemar. Calme-toi, je suis là...

Je suis dressée dans mon lit, tremblante de sueur glacée, le sexe suintant et chaud. Mon amant m’allonge, mon dos contre son torse. Je sursaute : il ressemble au Valmont de mon rêve à s’y méprendre.

— Tiens, c’est étrange... Qui donc t'a fait cette morsure à la base de la nuque, petite salope ?

 

Retrouvez Julie-Anne de Sée sur site perso.

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Le 14/03/2015 à 09:59

Réponse de Montagnard

très joli, j'aime
Le 11/03/2015 à 18:11

Réponse de guko84

Superbe, jeux tentant
Le 11/03/2015 à 17:19

Réponse de st56

que de plaisir,j'aime
Le 11/03/2015 à 17:05

Réponse de belbernard

Délicieux !