Bipolarité

Publié le 10/10/2016 à 22:01
Question d'internaute Bonjour,
Il y a maintenant 2 ans que l'on m'a déclaré ma maladie (bipolaire) lorsque j'ai fait une crise d'euphorie suite à la prise d'antidépresseur car mon medecin pensait que j'étais en dépression... Pendant plusieurs semaines j'ai vécu à 100 mille à l'heure je dormais 3 heures par nuit, je pensais qu'à moi et je me comportais en ado. J'ai contacté des amis de collège par facebook et j'ai eu plusieurs plans cul (moi qui n'aimais pas du tout avoir de rapports sexuel avec mon mari, là je débordais d'envie, c'était plusieurs fois par jours dans des endroits insolites, des positions que j'avais jamais pratiquées et pleins de choses nouvelles pour moi : la sodomie, la levrette, etc.). Je me suis éclatée sans penser du tout à ma famille (mon mari et mes deux enfants agés à l'époque de 15 et 18 ans ). Comme j'étais en arrêt de travail, je profitais au maximum de mes journées, voire meme mes soirées et week-end, pour sortir et voir l'homme avec qui j'avais une relation.

Puis ça a été la catastrophe ; je suis tombée très très bas, je passais mes journées à pleurer et à me demander ce qui m'arrivait, je n'avais plus aucune envie, je restais chez moi et j'étais tres angoissée. Pour mon mari et mes enfants, ça été une période plus que difficile. Mon mari n'arrivait plus à me suivre, donc il a perdu 8 kilos, il a fait deux tentatives de suicide, il c'est mis à boire etc. Mon fils a voulu mettre fin à ses jours, il avait l'impression d'avoir perdu sa maman car avant tout cela j'ai toujours été une maman très protectrice, très proche de mes enfants et je faisais tout pour eux ; mais depuis cette crise d'euphorie tout a changé et ils ne me reconnaissait plus du tout. Ma fille ma jugée parce que je faisais du mal à son père, parce que j'avais une relation avec un autre homme etc. J'ai alors entamé une procédure de divorce. Je ne pouvais plus vivre avec mon mari, c'était devenu impossible car lui aussi avait beaucoup changé suite à ma maladie et il était descendu bien trop bas et il s'était passé trop de choses pour que l'on puisse rester ensemble même si l'on s'aime toujours. À ce jour, nous sommes toujours en instance de divorce, nous avons vendu notre maison, j'habite dans un appartement seule, j 'ai mon fils en garde alternée une semaine sur deux, mais ma fille ne me parle plus du tout ; elle habite chez son père, elle m'a dit qu'elle avait de la rancoeur envers moi, qu'elle etait égoïste mais qu'elle sans foutait ....

Je fais que pleurer, car je ne supporte plus de ne pas voir ma fille avec qui j'étais très fusionnelle. J'ai de bons contact avec leur papa , on se téléphone tous les jours car pour moi c'est toujours ma moitié et c'est le père de mes enfants avec qui j'ai vécu pendant 24 ans. Désormais je ne me vois pas du tout revivre avec un homme car avec ma maladie c'est trop difficile, car je suis encore instable et je suis très angoissée.

Je prends un traitement pour la bipolarité et en plus mon psy veut que je prenne un antidépresseur car je ne vais pas bien. Mon gros soucis c'est que le traitement pour la bipolarité m'a fait prendre plus de 10kg alors que j'ai toujours fait le même poids pendans des années, soit 53 kg pour 1.58 m. Désormais je pèse 65 kilos et je ne supporte plus du tout mon corps. Si vous pouviez m'aider car au jour d'aujourd'hui je suis completement perdue, j' ai tout perdu : mon mari, ma fille, mon travail, ma maison, certains de mes amis. Je n' arrive pas du tout à me reconstruire, je me culpabilise car tout ce qui est arrivé est à cause de moi et de cette putain de maladie de merde. Même si au fond de moi je sais très bien que mon couple ne marchait pas super bien, nous n'avions plus de relations sexuelles avec mon mari car je n'avais aucun désir, je me forçais dès que je devais le faire avec mon mari, mais à la fin je ne pouvais plus tellement que ça me rendait mal. Je voudrais savoir comment je peux rétablir les liens avec ma fille et savoir comment faire pour aller mieux de ma maladie et de mes angoisses qui me pourrissent la vie au quotidien ?
Cmix

La réponse de François PARPAIX
Bonjour Valerienogue,
Depuis des années vous êtes supermaman et une épouse attentive et bienveillante et un jour ça a craqué. Que vous trainiez une dépression larvée ou non depuis longtemps, peu importe, vous vous épuisiez. Au point que votre médecin a jugé bon de vous prescrire un antidépresseur. Pas de chance, s'il vous améliore, un effet secondaire bien connu mais rare vous fait basculer dans une agitation dite « hypomaniaque », révélant au grand jour, semble-t-il, une bipolarité (qui existe peut-être déjà dans la famille ?) : euphorie excessive et permanente, hyperactivité psychique et physique diurne et nocturne, libération sexuelle et sentimentale incontrôlées, débridées avec perte des limites, etc. Arrive ensuite la 2ème phase, dite « dépressive », en même temps que le constat des dégâts :

- jugement, distance et sanction de l'entourage (amis, collègues, famille)

- incompréhension et réaction des proches chacun selon sa personnalité :

. votre mari, passée la stupeur et une période de patience et de tolérance, craque : dépression réactionnelle, avec perte de poids puis le plus mauvais antidépresseur qui soit : l'alcool.

. vos enfants : l'un garde le contact, l'autre se rebelle et coupe le lien ; tous les deux sont mortifiés de cette maman idéale qui perd pied sous leurs yeux.


En fait, personne, vous la première, n'aviez les moyens d'éviter ce drame tant que le diagnostic et un traitement adapté n'étaient pas mis en oeuvre.


Maintenant, vous devez continuer à réagir avec courage :

1 / être suivie par un psychiatre-psychothérapeute. Bien équilibrer votre médicament. L'idéal serait qu'il vous reçoive en couple, même en instance de divorce, vous, votre mari et vos enfants et qu'il leur explique très clairement que vous étiez « malade », dans l'impossibilité de vous autocontrôler et que ça n'a rien à voir avec une volonté délibérée, anticipée et consciente… Vous échappiez à la raison.

2/ Pardonner à votre entourage qui ne connaît rien à la maladie mentale… et en a peur comme tout le monde. Patiemment, vous devez les reconquérir et leur expliquer. Ceux qui persisteront à vous tourner le dos, ne vous méritent peut-être pas autant que vous le croyez.

3/ Accepter de regarder votre couple avec les vraies lunettes : vous étiez usée, fatiguée, bon petit soldat et peut-être plus maman qu'amante = à évaluer avec un psychothérapeute sexologue qualifié. Comment vous sentiez-vous femme et que représentait la sexualité pour vous avant ? Où en était votre couple ?

4/ Mais surtout, pensez à vous envoyer beaucoup d'amour, d'affection et de respect de vous-même : vous le méritez et avez dû faire preuve de beaucoup de courage pour surmonter ces épreuves, votre honte et votre culpabilité.


Ce n'est pas une fatalité, faites confiance au temps.

Dr François PARPAIX, médecin sexologue, psychothérapeute et thérapeute de couple

A voir aussi sur Internet
Poursuivre sur le forum BrigitteLahaie.fr

Pour pouvoir réagir, nous invitons à vous connecter Se connecter

Le 09/03/2015 à 23:24

Réponse de ancolie

Bonjour, Valerienogue,

Tout d'abord, merci pour la réponse que vous avez faite, Dr Parpaix.

Je voudrais juste dire qu'étant moi-même PMD/bipolaire, diagnostiquée depuis 1992, avec 9 hospitalisations, je suis très touchée par votre témoignage et votre appel à l'aide.

Vous dire que rien n'est jamais perdu, que cette maladie peut se stabiliser et/ou les crises être "apprivoisées", maîtrisées avant de faire de trop graves dégâts.

Je comprends :

- la libido amorphe pendant des années qui se débride tout à coup de façon effrayante pour s'éteindre à nouveau ;

- la culpabilité si forte ressentie ;

- l'incompréhension des proches ;

- les kilos pris ;

- la colère et le désespoir devant cette maladie ignoble...

Pour la libido, je ne peux rien dire : ce que je vis est ce que j'en ai écrit.

Mais concernant la culpabilité, je vous jure qu'on n'est pas responsable de ses actes quand on est en phase maniaque. Vous n'avez pas à vous sentir coupable ni responsable, et personne n'a le droit de vous en accuser.

Quant à l'incompréhension des proches, elle est "naturelle", cette maladie est si difficile, complexe, à appréhender. Mon compagnon a mis plus de 3 ans à commencer à me comprendre et à admettre que mes écarts étaient dus à la maladie ; depuis, il se méfie toujours, est sur ses gardes, et, bref, notre vie de couple n'est toujours pas redevenue sereine, mais la tendresse et une presque confiance sont revenues.

Le fait que mon compagnon, ma mère aient rencontré à plusieurs reprises mon psychiatre a beaucoup aidé ; est-ce que votre mari, vos enfants l'ont fait ? S'ils ne le souhaitent pas, votre psychiatre peut les y inciter.

Quant aux kilos en trop, moi aussi j'en ai pris une dizaine après l'avant-dernier changement de mon traitement : je les ai quasi tous perdus (9) en régulant mon alimentation et en devenant végétarienne (aussi pour d'autres raisons). Là encore, rien n'est perdu.

Je voudrais juste vous demander de garder espoir, vous affirmer que les choses peuvent se reconstruire, en dépit de cette fout*e maladie.

Bien amicalement,

Ancolie