Les asexués, un mode de vie nouveau ?

Publié le 10/10/2016 à 21:59

Chaque semaine, un dossier sur la sexualité ou l'amour commenté par quelques-uns de nos experts... Et Brigitte... Bien entendu....

Ils ne «couchent» pas et ne veulent plus s’en cacher. Mais qui sont ces personnes (hommes et femmes) qui fonctionnent en mode "no sex", à une époque où ce dernier est devenu un produit d’hyper consommation ? Nos experts vous répondent...

Nom : PARPAIX

Prénom : François

Profession : Sexologue et thérapeute de couple

Que nous le voulions ou non, nous sommes tous sexués. Après, chacun fait ce qu’il veut de sa sexualité ou presque. En tant que sexologue, je répondrais: « Asexuel ? Difficile à croire ! » Sans doute une résistance de ma part.

Oui, à des périodes plus ou moins longues de sa vie, il arrive qu’on vive sans sexualité. Que ce soit par réaction (séparation, grossesse, deuil, médicament, etc) ou sans raison, puis l’âge venant. Et tant que ça ne se traduit pas par de l’inconfort ou une souffrance, c’est à respecter. Les « asexuels », absence de relation sexuel assumée, ne consultent pas les sexologues. Rassemblés en un mouvement international avec son propre drapeau, ils sont regardés avec condescendance, au mieux comme des originaux dans une société de l’hypersexualité qui revendique le sexe éternel, disponible, festif et performant 24h/24h.

Pourtant toutes les grandes enquêtes sur la sexualité des humains ont toujours identifié dans les populations une petite frange d’individus, à commencer par Kinsey (environ 1,75%) ne présentant aucun désir de relations sexuelles. Au point que certains souhaitent en faire une nouvelle orientation sexuelle en plus des hétéros, des homos, des bi… il y aurait les asexuels, sains de corps et d’esprit ; non phobiques du sexe, ils refusent tout amalgame avec l’abstinence, le célibat, l’amour platonique, le fait de vouloir rester puceau ou vierge, le désir sexuel hypoactif ou une démarche tantrique dans sa version sexuelle.

Alors lubie, mode de vie définitif ou état temporaire, voici un nouvel état sexuel à digérer pour nos cerveaux formatés qui aimeraient tellement mettre la sexualité en boîte. La plupart créent des relations versus romantique et peuvent même avoir des relations sexuelles pour satisfaire leur partenaire dans un but de conformité quand d’autres refusent catégoriquement par principe. Certains se masturbent. Bref une communauté multicomposite à y regarder de près… qui me rappelle nombre de mes patients en panne de libido mais qui n’en souffrent pas eux, sauf pour leur partenaire. Le risque de solitude affective et ou sentimentale reste entier.

Mode de vie ou choix de vie, ça devrait inspirer et déculpabiliser tous ceux qui ne se réclament pas asexuels mais se trouvent en pause sexuelle (25% des femmes et 15% des hommes en couples dans une enquête Ipsos de 2003) et ne se l’autorisent pas par peur d’être jugés, rejetés ou d’être anormaux, etc.

A défaut d’en faire un mode de vie définitif – qui sait ce que l’avenir nous prédit - il existe un droit absolu à se reposer de la sexualité… au partenaire de le comprendre, à celui qui traverse cette période de comprendre le sacrifice consenti pour l’autre.

L'avis de Brigitte :

Ce courant nous vient des Etats Unis où paraît-il il connait un succès certains. Ce qui est possible, en réaction sans doute à une société trop sexuée pour ces personnes qui revendiquent leur droit de vivre sans sexe. Mais attention, ils cherchent néanmoins quelqu’un afin de partager une relation d’amour pur excluant tout rapport sexuel.

Après tout, chacun est libre d’organiser sa vie intime comme il veut. Fini le temps où les femmes devaient à tout prix avoir des enfants. Fini l’époque où la société encourageait les couples à avoir une sexualité utile. Même le pape François semble dire que ce temps est résolu !

De là à penser que l’amour physique est sans issu, c’est peut-être aller dans un sens opposé trop extrême. La sexualité est tout de même un gage de bonne santé du couple, on sait bien que son absence provoque souvent des conflits, voire des séparations. C’est d’ailleurs souvent l’attirance charnelle qui est à la base de la relation.

Les asexués sans aucun doute subliment l’amour à tel point qu’ils excluent de faire l’amour. Comme si le sexe était dégradant. On sent bien qu’il y a derrière ça des inhibitions et des peurs.

OK, leur besoin d’amour est plus fort que le désir sexuel mais ils oublient que la vie est désir et l’extinction de ce désir somme toute très archaïque est un mortifère. Bien sûr on peut vivre des périodes d’abstinence même longues en toute sérénité mais de là à choisir d’être abstinent toute son existence ?

D’ailleurs les religieux connaissent bien les frustrations de l’absence de plaisir charnel partagé.

A mon avis, rares sont les personnes qui pourront sublimer leur libido en un parcours initiatique individuel et le vivre avec bonheur.

La nature humaine dans son essence la plus profonde, se fait dans l’harmonie du couple. La rencontre du yin et du yang le féminin renforçant le masculin et ce dernier à son tour permettant au féminin de s’épanouir. Le don, le partage d’un plaisir sincère et entier permet une meilleure compréhension de l’autre. L’abstinence produit souvent une fermeture, cette fameuse peur de l’autre !

Néanmoins, restons tolérant. A chacun de trouver le juste milieu car au fond, trop de sexe, ce n’est pas forcément non plus l’équilibre parfait.

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Le 29/01/2015 à 17:17

Réponse de CheyN

@filouzof Je ne suis pas sûre que la question posée serait d'être pour ou contre l'asexualité... mais plutôt de savoir s'il s'agit d'une réalité vécue qui émergerait de nos jours.



J'aime à penser qu'il existe 4 étapes à toute évolution à taille humaine : l'illusion, la vérité, l'authenticité et le dépassement ; avec de bout en bout un début et une fin.



De ce point de vue, pourquoi l'asexualité ne serait pas à la sexualité, ce que la phase de détachement est à l'amour : l'ultime phase d'un processus d'évolution... ?
Le 28/01/2015 à 16:34

Réponse de filouzof

Pour résumer la pensée de Brigitte,je suis pas pour mais chacun fait ce qui lui plait; on peut la comprendre car,à quoi servirait tout son travail depuis tant d'années...
Le 27/01/2015 à 10:33

Réponse de CheyN

Il me semble en effet que l'asexualité est particulièrement intéressante à vivre et explorer en ces temps d'hypersexualisation.

Si dans l'absolu, comme toute sorte d'expérience, nous serions tous équipés pour, l'état actuel du monde ne la rendrait accessible qu'à une minorité pour l'instant.



Le défi étant de ne pas s'égarer et confondre l'asexualité avec une sorte de performance d'abstinence ou au contraire dans une fuite de sa sexualité et des déséquilibres qu'elle comporte et de se connaître suffisamment pour entendre que son désir profond tend vers cela.



L'intérêt central de l'asexualité à mon sens serait de savoir et sentir la façon dont l'énergie sexuelle est transcendée ou sublimée ailleurs que dans une expérience directement sexuelle.



Etre asexué pour moi ne consisterait donc pas à ne pas avoir de libido, signe d'un déséquilibre pour le coup, mais d'acquérir un tel équilibre personnel que l'on parvienne à vivre et à maîtriser toutes nos pulsions y compris sexuelles en les spiritualisant en quelque sorte...



Tout comme la sagesse qui s'acquiert encore avec l'expérience et souvent les années, l'asexualité de la vieillesse serait donc aussi un niveau de sagesse....