Est-ce que le sexe est naturel ?

Publié le 10/10/2016 à 21:46

Chaque semaine, un dossier sur la sexualité ou l'amour commenté par quelques-uns de nos experts...

"l’amour existe depuis la nuit des temps, c’est naturel, on a jamais rien expliqué et ça a toujours bien marché..." rétorquent les opposants à une éducation sexuelle. Mais pour autant est-ce que le sexe est vraiment naturel ? Comme un instinct ? Nos experts vous répondent.

Mardi 15 juillet

Nom : PARPAIX

Prénom : François

Profession : Sexologue et thérapeute de couple

Faire l’amour est aussi naturel que manger, boire et dormir. Reproduction et survie de l’espèce obligent avec comme appât, le plaisir ! En revanche, nous ne sommes pas à égalité en terme de besoins et dans la façon de faire, ni n’avons le même talent pour l’exprimer.
En plus que la culture s’est glissée dans le jeu, transformant le coït de pure décharge en un acte érotique plus ou moins élaboré, les sentiments pouvant s’inviter. Les peurs apprises, l’angoisse de performance, l’expérience, les règles de conduite imposées par les religions et les sociétés, le poids des médias, etc. font que notre néocortex (partie de notre cerveau qui réfléchit, dissèque, interprète, analyse, décide…) complique sacrément la tâche de notre autre partie du cerveau sexué archaïque, reptilien et réflexe.
La culture offre un cadre qui optimise, protège et régule le sexe dit « naturel » ou sauvage avec en contrepartie, le risque pour l’homme ou la femme de ne plus être assez « naturel », entendez spontané. Le mental peut devenir l’ennemi du senti et du ressenti au cours des jeux érotiques avec à la clé des dysfonctionnements sexuels aux conséquences conjugales délétères.
Vive une culture libérée et domptée du sexe, plutôt que des débordements sexuels maladroits et ou dangereux (violences, transmissions d’infections sexuellements transmissibles, grossesses non désirées, etc) d’un sexe dit « naturel », en fait impulsif et compulsif. Faire de l’acte sexuel, un art, c’est tout l’art d’être naturel, versus élaboré ! Ou comment être de meilleurs amants* sans se déconnecter de l’animal qui sommeille en nous ?

* Auteur d’un livre : Parpaix François, « Pour être de meilleurs amants » 2004, collection « Réponses », Robert Laffont.

Jeudi 17 juillet

Nom : ARLIN

Prénom : Philippe

Profession: Sexothérapeute

Bien difficile de répondre à une telle question si l’on ne prend pas le temps de définir ce que nous entendons par « le sexe ». Il va de soi que ce mot s’il désigne nos organes sexuels, est tout ce qu'il y a de plus naturel. Pourtant bien entendu, c’est plus l’utilisation que nous faisons de cet organe que ce terme désigne et là, sa naturalité dépend beaucoup du clocher de l’église ou du minaret depuis lequel on l’observe.La fonction sexuelle n’est-elle naturelle que quand elle s’accorde à une fonction reproductrice ? Quid dans ce cas de toutes ces pratiques à la marge : hors période de fécondité, orales, sodomites et bien entendues homosexuelles… Certains observateurs, du haut de leurs tours susnommées, se croient en droit et investis du devoir de les condamner, d’autres plus mollement les réprouvent, mais tous hypocritement en pratiquent certaines.
Ceux (souvent les mêmes d’ailleurs) croyant que ce qui fonde le « naturel » des choses devrait s’observer dans le règne animal, nous ont pendant un temps, abreuvés de contrevérités, car, ils ne pouvaient s’accorder à observer et témoigner de ce que leur morale réprouvait.
Par chance les choses ont un peu changé, et même si de plus en plus de donneurs de leçons grimpent dans leur tour et s’offusquent à l’idée même d’une réflexion sur le genre. D’autres heureusement de plus en plus nombreux, ont appris à entendre et à accueillir les multiples dimensions et la complexité de la sexualité, repoussant très loin la question de « la naturalité » de celle-ci. Leur réflexion et leur démarche permet ainsi à ceux qui le souhaitent de s’y épanouir et peut-être qui sait d’y trouver leur vraie Nature.

Samedi 19 juillet

Nom : KARILA

Prénom : Laurent

Profession : Médecin (Psychiatrie et Addictologie)

Le sexe, au même titre que manger ou boire (de l’eau), fait partie des récompenses naturelles nécessaires à la survie de l’espèce. L’envie de sexe va d’ailleurs activer toute une cascade d’évènements dans le cerveau et allumer le système de la récompense. Un peu de science ? Notre système de récompense évalue, dans un premier temps, la valeur hédonique (source de plaisir) des stimuli rencontrés dans l’environnement. Il permet également de prédire la récompense qui devrait suivre un certain stimulus. Chez l’être humain, le système de récompense ne s’occuperait que des attentes de l’organisme vis-à-vis des événements, et le plaisir tiré du renforcement serait traité au niveau d’autres régions cérébrales (comme le cortex somatosensoriel par exemple).

Appliquez ce que je viens d’écrire à votre exemple personnel et vous verrez !

Lorsque vous avez envie de sexe, lors d’un rapport sexuel, dopamine et autres neurotransmetteurs vont s’entrecroiser dans une orgie neurobiologique contrôlée. Une fois le rapport fini, tout ce système se met au repos jusqu’à la prochaine envie. Alors oui, le sexe c’est naturel, un vrai smoothie de plaisir !

Dimanche 20 juillet

L'avis de Brigitte :

Si on compare l’homme à l’animal, on pourrait dire que le sexe est non pas naturel mais pulsionnel dans le sens de l’instinct. A l’extrême, un humain « enfant sauvage » pourrait avoir une sexualité presque naturelle. Or, l’être humain se développe avec des capacités psychiques bien supérieures à l’animal qui lui ne dispose pas de néocortex, n’a pas la possibilité d’échanger des mots et sans doute n’a pas conscience de certains concepts essentiels comme la différence des sexes qui provoque des angoisses (comme l’angoisse de castration chez l’homme ou de douleur insurmontable chez la femme) ou encore la notion de la mort qui est source de beaucoup d’angoisse.Ainsi, de sa conception à l’âge adulte, l’être humain passera par des quantités de phases qui auront des répercussions fondamentales sur son fonctionnement sexuel. Alors imaginer qu’un adulte, quel que soit son sexe ou son éducation sexuelle, puisse avoir une sexualité normale est, si je puis dire, pur fantasme !
C’est pourquoi je ne cesse de répéter qu’il ne faut pas parler de sexualité normale car, la normalité renverrait à cette idée qu’il y a une manière de faire l’amour naturellement.
Mais ne désespérons pas ! La sexualité peut tout à fait être harmonieuse, épanouissante et source d’orgasmes intenses. Il faut juste accepter plusieurs points :
Apprendre sans cesse à se découvrir tant sur le plan fonctionnel que sur le plan fantasmatique, sans trop ignorer nos attentes idéales.
Intégrer que l’autre est tout autre, avec lui aussi encore des zones d’ombre et des idées fausses sur lui-même.
Notre partenaire peut nous procurer de la jouissance mais nous avons au moins, si ce n’est plus, 50 % de responsabilités. Que l’on ait ou pas du plaisir.
Malgré les ratés, les incompréhensions, nous pouvons toujours améliorer notre rapport à notre corps et au corps de l’autre, à condition d’accepter une remise en question qui commence par une prise de conscience du symptôme.
Enfin et surtout, l’aventure sexuelle est sans nul doute l’une des première manières de se découvrir, de se libérer, de s’aimer et d’aimer. Bref, d’être plus naturel ! !

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Le 20/08/2014 à 16:41

Réponse de vehuiah

le sexe est absolument indispensable,et je sais de quoi je cause,puisque je suis puceau (oh,oh !).PIPE/LEVRETTE/EJAC =AUX FRONTIERES DU COIT !!! à bon entendeur...
Le 21/07/2014 à 15:34

Réponse de Poussin

Article très intéressant qui remet beaucoup de choses à leur place. merci