Pourquoi certaines personnes ne savent pas dire :

Publié le 10/10/2016 à 21:44

Chaque semaine, un dossier sur la sexualité ou l'amour commenté chaque jour par l'un de nos experts...Chaque semaine, un dossier sur la sexualité ou l'amour commenté chaque jour par l'un de nos experts...

Lundi 02 décembre

Nom : ARLIN

Prénom : Philippe

Profession : Sexothérapeute

Dire, je t’aime à quelqu’un reste aujourd’hui difficile pour beaucoup d’entre nous. Ces simples mots sont chargés de sens et de significations les rendant pour beaucoup impossibles voire très difficiles à manier. Pour certains, cela reviendrait à s’engager pour la vie, à s’affaiblir, à se mettre à nu. La peur est que cela ne soit pas réciproque et que l’autre nous fasse d’autant plus souffrir. Et puis il y a aussi la peur que l’on abuse de cet aveu pour nous manipuler et utiliser nos sentiments à des fins égoïstes. C’est donc bien un manque de confiance en soi et par là même en l’autre qui va être à l’origine de cette difficulté.

Pour d’autres ces mots sont trop importants ou à l’inverse n’ont aucun sens et ils ne franchiront pas la barrière de leurs lèvres. Certains doutent de ce qu’ils ressentent et cherchent encore à quoi l’amour pourrait ressembler et ayant trop peur de se tromper ne le disent pas. Enfin pour certains ces quelques mots renvoient à leur enfance, à la façon dont ils ont été entendus ou pas mais aussi au chantage auquel certains parents les associés. Si tu m’aimais-tu ferras cela, ou bien tu as fait ceci alors je t’aime plus, je suis fâché.

Alors, apprenons à aimer, à respecter l’autre dans sa différence et son entièreté et nous pourrons alors librement nous laisser aller à lui dire JE T’AIME.

Mardi 03 décembre

Nom : PERETTI

Prénom : Marie-Laure

Profession : Docteure en Psychopathologie fondamentale et Psychanalyse - Psychothérapeute

Il y a ceux qui ne peuvent pas et ceux qui ne veulent pas exprimer leurs sentiments.

Pour les premiers, les racines de cette incapacité à dire « je t’aime » se retrouvent dans l’enfance. Comment exprimer à quelqu’un son amour alors qu’enfant, vos propres parents vous conseillaient de cacher vos sentiments parce que cela peut être dangereux. En effet, le risque encouru est d’être rejeté, moqué ou encore asservi par l’autre. C’est la peur qui se cache derrière cette incapacité. La peur d’être trahi.

Ou bien encore plus simplement, que vos parents ne vous montraient aucune de ces petites marques de tendresse qui auraient pu vous laisser croire que vous étiez aimé…

Las ! Comment voulez-vous dire « je t’aime » si on ne vous l’a jamais dit ?

De plus, pour pouvoir le dire, il faut s’aimer soi-même un peu !

Et puis il y a ceux qui ne veulent pas s’engager. Dire « je t’aime » étant l’une des plus sûres façons de s’attacher, pour celui ou celle qui est épris de liberté, ce sera particulièrement difficile de l’avouer. D’autant que s’engager signifie largement dans nos sociétés, l’exclusivité. « Je t’aime » implique de choisir et donc de renoncer.

Pas si facile, dans un siècle qui vous fait croire que tout est facile et qu’en définitive, la frustration n’est que du ressort de l’autre.

Mercredi 04 décembre

Nom : PARPAIX

Prénom : François

Profession : Sexologue et thérapeute de couple

Certains le disent à tout va : « Mon chéri » par ci, « Ma chérie » par là et les « Je t’aime » pleuvent. D’autres admettent ne l’avoir jamais dit : « C’est pas mon truc et c’est pas maintenant que je vais commencer ! Faut me prendre comme je suis ! » : ils n’osent pas où ne savent pas faire, à défaut de croire à ce qu’ils affirment. En aiment-ils moins bien pour autant que les premiers ? A voir ! Si ce n’est que le dire, en général, fait plaisir à celui auquel ça s’adresse.

L’humain étant complexe et fascinant, qu’est-ce qui pourrait l’empêcher de dire : « Je t’aime » ?

. Un manque de modèle dans l’enfance ? Il est grand temps alors de se dire que vous n’êtes plus le clone de vos modèles passés.

. Par faible estime de soi ? Commencez dans ce cas par essayer de vous dire que vous êtes une belle personne et par être indulgent et bienveillant avec vous-même !

. Parce que vous fonctionnez sur un mode affectif plutôt froid, distant et détaché, sans doute pour vous protéger d’une rebuffade ? Faites plus confiance aux autres, apprenez à leur dire, encore plus si votre partenaire est un(e) grand(e) fusionnel(le) !

Dire « Je t’aime » en pleine conscience, à celle ou à celui qu’on aime, réclame une certaine spontanéité, de choisir le bon moment, de l’exprimer avec intensité, sensualité et un zest d’imagination… Et quand bien même vous vous prendriez un « vent », c’est son problème, pas le vôtre pourvu que vous soyez sincère ! Penser à lui dire tous les jours, ce serait bien, encore que l’abus nuit : c’est une petite musique dont il ne faudrait pas se lasser de l’écouter…

Quant à se dire « Je t’aime » dans la grande chaîne humaine, n’est-ce pas se rapprocher du Divin au sens où chacun l’entend ?

Jeudi 05 décembre

Nom : HERIL

Prénom : Alain

Profession : Psychanalyste, sexothérapeute et formateur

« Aimer c’est prendre soin de la solitude de l’autre sans chercher à la combler » Christian Bobin

Dire « je t’aime » est un engagement émotionnel. Beaucoup le disent à tort et à travers tout en étant déconnectés de leurs émotions profondes. Mais d’autres, se rendant compte de l’investissement que représentent ces mots, n’arrivent pas (ou plus) à les prononcer. Bien sûr de vieilles blessures du passé peuvent ressurgir et empêcher l’aveu, surtout lorsque l’on n’a pas eu l’habitude d’entendre ses parents les prononcer ! Et il faut bien se rendre compte également que nous arrivons au monde avec le besoin d’être aimé. Et que l’amour, dans le sens du don et du mouvement vers l’autre, vient plus tard. Il correspond à une maturité relationnelle qui s’acquiert avec le temps.

Mais à qui dit-on « je t’aime » ? A l’autre ? À soi-même ? À la relation ? Dans tous les cas il faut à la fois du courage, de l’innocence, une certaine dose d’inconscience et beaucoup de joie en soi pour dire à l’autre qu’on l’aime. Lorsque toutes ces composantes font défaut on restreint sa parole, on reste dans la peur d’un engagement affectif, on se replie sur soi.

Mais l’amour est une possibilité de sortir de sa solitude, de la partager avec l’autre sans qu’elle soit totalement comblée (comme le dit si bien Christian Bobin). Et qu’on le veuille ou non, on ne peut pas aimer et le dire sans accepter d’être vulnérables !

Vendredi 06 décembre

Nom : MARTIN

Prénom : Bruno

Profession : Sexothérapeute

Certaines personnes sont des "forts en je t'aime" et d'autres deviennent des amputés du mot d'amour. Elles présentent un trouble de la "distance" affective. Nous pouvons les définir comme des "antifusionnels" ou des avares sentimentaux. Ils se présentent comme tel(le)s soit par éducation ou par peur acquise dés l'enfance.

La culture et l'éducation véhiculent souvent par exemple le stéréotype de l'homme pudique, économe ou muet dans l'expression de ses sentiments: un guérrier ne montre jamais ses émotions !

D'autres encore se débattent dans des peurs inconscientes même s'ils ont envie de prononcer le mot : Peur d’être jugé, rejeté, méprisé, voire asservi par l’autre – un sentiment douloureux à (s’)avouer. La peur a toujours une raison d’être, qui trouve son origine dans l’histoire de chacun . Ici, un ancien compagnon aura trahi. Là, une amie aura ri. Cette inquiétude peut venir de loin. Le petit enfant qui n’aura pas été entendu dans l'expression de son amour aux parents, ou n’aura pas reçu en retour de signes d’affection, conservera vraisemblablement une émotion douloureuse.

Lorsque l'enfant n'a jamais entendu ces mots d’amour, il aura plus tard du mal à y croire et à les exprimer. Les hommes ou les femmes qui le lui diront ne seront pas cru et il se contentera au mieux de répondre : "moi aussi".

Les avares du "je t'aime": pensent parfois que leur acte parlent à leur place, que le dire une fois suffit, que l'autre n'est pas tant digne de confiance, craignent que le mot ne soit pas réciproquement retourné, imaginent que ça les rendra vulnérables, que le mot est fort et que l'autre s'enfuira, deteste qu'on leur mette la pression, manifeste leur allergie chronique pour l'engagement.

Toutefois pour que l'amour prospère en terrain fertile et perpétue les générations, il faut bien passer par : "je t'aime, tu m'aimes, on sème".

Samedi 07 décembre

Nom : KARILA

Prénom : Laurent

Profession : Médecin (Psychiatrie et Addictologie)

Je t’aime : certains le disent vite, d’autres jamais et encore d’autres de manière maladroite. Il serait plus difficile pour un homme de le dire. Les femmes sont d’accord pour reconnaître aux hommes une pudeur des sentiments. Je crois que nous ne pouvons pas généraliser cette idée reçue. Son expression est comme beaucoup de choses dans la vie : le reflet de variations inter-individuelles. Le sentiment amoureux est logé dans l’intime. Personne n’est identique. Chacun exprime ses sentiments, ses émotions différemment. Les alexithymiques (ceux qui ont du mal à exprimer les choses) ou ceux/celles qui ont eu une histoire de vie particulière (traumatismes, abus, trouble psychologique…) peuvent être plus en difficulté pour le dire. Un travail sur soi est alors nécessaire.

Savoir l’écrire, savourer son vécu, c’est super mais c’est tellement agréable de se l'entendre dire, non ?

Dimanche 08 décembre

L'avis de Brigitte :

Dire « Je t’aime » s’avère très impliquant pour certains tandis que d’autres pourront le dire très facilement. Tout dépend déjà de ce que ces trois mots signifient.

Car franchement, dire « je t’aime » dès le début d’une relation, c’est confondre l’état amoureux avec l’amour. Cette déclaration n’est pas franchement sérieuse, elle traduit plutôt un sentiment passionnel et un désir charnel mêlé à une envie de se revoir très vite mais il ne s’agit pas d’un réel pacte d’amour.

Se dire « Je t’aime » : c’est affirmer son affection et son désir et sa capacité à partager son existence avec une personne en particulier. Or, les déclarations d’amour sont souvent suivies de tromperies, de trahisons et de ruptures. Au fond, les déclarations d’amour n’engagent que ceux qui y croient pourrait-on dire !

A partir de là, ne soyons pas étonnés que de nombreuses personnes ne sachent pas ou plus dire « je t’aime ». En fait, quelqu’un qui ne sait pas dire « je t’aime » est sans doute un être très sensible qui a été blessé auparavant (dans son enfance, son adolescence ou dans ses premières expériences amoureuses) et il se protège maintenant.

J’ai toujours pensé que les mots d’amour étaient moins valables que les actes. Alors si notre partenaire ne sait pas nous dire « Je t’aime » reste à analyser ses attentions. Si son comportement prouve son attachement, soyons donc indulgent et aidons-le plutôt à se réparer plutôt que lui faire des reproches qui ne feront que le renfermer dans sa bulle.

Quant à ceux qui ne savent pas le dire, si vous savez dire d’autres mots, tout va bien. Le je t’aime est sans doute trop impliquant.

Ces autres mots bien utiles dans un couple comme : excuse-moi, qu’est ce qui te ferait plaisir ? Je t’écoute. J’ai besoin de toi, sont aussi de belles déclarations d’amour. D’ailleurs pour ceux qui ne cessent de dire « je t’aime », changez aussi de temps en temps votre vocabulaire !

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Le 15/12/2013 à 01:22

Réponse de diablo69

pour ma part je dirai que pour pouvoir dire a quelqu'un qu'on l'aime il faudrait d'abord avoir appris a aimé on ne peut pas dire à quelqu'un qu'on l'aime si on a jamais connu l'amour si on ne sais pas ce que c'est que l'amour (même si c'est vrai que comme le chantait Bourvil pour se parler d'amour pas besoin de long discours on se comprend toujours les mots sont bien tout les mêmes pour se chantait que l'on s'aime) mais c'est quoi l'amour si qui aime bien châtie bien cela veut t'il dire que l'on doit souffrir pour prouvé que l'on est aimé enfin pour reconnaître être aimé????