Couples : quand faut-il se quitter ?

Publié le 10/10/2016 à 21:43

Chaque semaine, un dossier sur la sexualité ou l'amour commenté chaque jour par l'un de nos experts...Chaque semaine, un dossier sur la sexualité ou l'amour commenté chaque jour par l'un de nos experts...

Lundi 18 novembre

Nom : MARTIN

Prénom : Bruno

Profession : Sexothérapeute

Au-delà de notre naïve vision romantique du couple, la vérité impose qu’ Hommes et Femmes s’aimeront et resteront ensemble seulement si la relation leur rapporte plus qu’elle ne leur coûte. Cupidon sort sa petite calculette et aide chacun à établir la somme de dévouement, de soutien, d’admiration, de temps, de sexe…investis dans les échanges. Puis il établit le niveau de satisfaction de chaque conjoint. Faire crédit à notre partenaire ne dure qu’un temps…Ce petit jeu de l’amour comprend à peu près 5 étapes :

- Le coup de foudre (100% rêve) ou le crescendo amoureux (80% rêve, 20% réalité) voient les lumières du cerveau s’éclairer abondamment. Nous ne tombons pas amoureux de la personne (que nous ne connaissons pas encore) mais de l’idée que nous nous faisons d’elle et de l’histoire qu’elle pourrait nous faire vivre.

- L’état amoureux (50% rêve, 50% réalité) permet de nous fréquenter plus durablement. Et chacun découvre peu à peu l’Autre à travers le quotidien, mais peu importe, notre rêve nous porte encore suffisamment. Les instants heureux, compensent des réalités moins flatteuses.

- La phase de Diminution se profile (20% rêve, 80%réalité). La réalité, peu rutilante avec sa routine, gagne du terrain et écrase progressivement le beau rêve.

- La phase de doute (80% réalité, 5% rêve, 15% hostilité) vous fait vous demander si vous avez fait le bon choix de partenaire car le rêve devient de plus en plus imperceptible. Un autre élément subjectif : « l’Hostilité », le remplace peu à peu.

- La Mort Clinique ( 50% réalité, 50% hostilité). Le quotidien et la réalité pèsent de tout leur poids, toute trace de rêve a disparu. Deux « anciens amoureux » cohabitent difficilement pour partager les charges du ménage et l’éducation des enfants (couple parento-économique). Le duo conjugal se maintient comme il peut dans une vie artificielle en apparence. Les plus courageux prendront souvent à juste titre la décision de se quitter.

- La phase ultime : la rupture (20 % réalité, 80% hostilité). Nous ne percevons même plus notre partenaire dans sa réalité, nous le rejetons tout entier… Nous cherchons notre oxygène à travers notre imagination et les rêveries ou l’adultère au sujet d’un(e) nouvel(le) équipier(e) idéal(e).

Eros, en bon comptable de l’amour devrait inclure dans ses statuts la dissolution du couple légitimement lors de la phase de Mort Clinique du couple.

Mardi 19 novembre

Nom : HERIL

Prénom : Alain

Profession : Psychanalyste, sexothérapeute et formateur

La rencontre amoureuse est d’abord une rencontre érotique. Les couples se forment et décident de vivre ensemble un engagement parce que se trouvent d’emblée les ingrédients suivants : le désir, la curiosité de l’autre, l’envie de construire ensemble, la sécurité relationnelle et les accords d’inconscient à inconscient (sur lesquels, il faut bien le dire, nous n’avons que peu de prises !). Au cœur de tout cela l’érotisme est un terreau à partir duquel tout s’édifie.

Lorsque le désir s’étiole naturellement, l’amour trouve sa place et les lignes relationnelles changent. Ce qui devient important c’est l’histoire que l’on construit ensemble, le scénario relationnel, les parents que l’on devient, l’équipe soudée qui traverse les épreuves et toujours ce lien inconscient à l’autre (parfois pollué par les représentations des couples parentaux respectifs). Et le désir s’atténuant la solidité de l’amour est questionnée. Et c’est à ce moment là que les couples consultent un thérapeute, ou se quittent, ou s’ennuient…ou établissent des relations extraconjugales.

A mon sens un couple devrait se quitter quand il y a perte de sens, quand la relation tourne à vide et ne veut plus rien dire. On peut continuer ensemble avec peu de désir mais il faudra à un moment ou un autre trouver le moyen de le raviver car ce qui fait la pérennité d’un couple c’est cette recherche tendue, active, illusoire mais nécessaire qui ferait coexister harmonieusement amour, tendresse et désir sexuel. Cette recherche même crée du sens et ne laisse personne indifférent de l’autre.

Lorsque l’indifférence est là c’est qu’il n’y a plus ni désir, ni amour et que l’autre est devenu un étranger dont on se sert uniquement pour tenter de guérir ses névroses.

Mercredi 20 novembre

Nom : ARLIN

Prénom : Philippe

Profession : Sexothérapeute

Y a-t-il un moment juste pour mettre fin à une relation et décider qu’elle ne nous convient plus ou que de la poursuivre plus avant serait une erreur ? C’est une question extrêmement difficile à trancher et il y a beaucoup d’éléments à prendre en compte.

Bien souvent cette décision s’impose à nous parce que la relation est devenue invivable ou tout simplement parce que nous nous retrouvons devant le départ de l’autre. Mais aussi et c’est le cas de tous ces couples qui viennent me consulter, la relation traverse une période de crise, les mots de séparations ont été prononcés, mais un ou les deux tentent de trouver une solution pour éviter cette issue.

Il y a plusieurs points de repère qui peuvent aider à poser un diagnostic du couple et ainsi savoir si l'on peut encore le sauver ou si se quitter reste la meilleure solution :

Le couple a-t-il encore une intimité (par forcément sexuelle, mais au moins des câlins de la tendresse).

Y a-t-il de la violence (physique ou verbale)

En cas de tromperie, est-ce que l’autre est sûr de pouvoir pardonner et passer à autre chose…

Tout cela est difficile à évaluer et l’aide d’un tiers thérapeute est souvent fort utile. Il va permettre de mettre un peu d’objectivité dans tout cela.

Mais n’oublions pas qu’il n’y a pas forcément un bon moment pour se quitter, que ce qui le sera pour l’un ne le sera pas toujours pour l’autre et que quoiqu'il en soit il ne faut pas non plus rester pour de mauvaises raisons…

Jeudi 21 novembre

Nom : PERETTI

Prénom : Marie-Laure

Profession : Docteure en Psychopathologie fondamentale et Psychanalyse - Psychothérapeute

Les premières disputes arrivent dans le couple dès que la vie en commun s’installe au long cours et que les habitudes, voire les manies du partenaire commencent à énerver quelque peu l’autre.

Mais ce ne sont pas les disputes quotidiennes qui autorisent à se demander s’il n’est pas temps de songer à une séparation, pas plus que « le temps, ce grand sculpteur »[1]. Un couple peut s’être cimenté grâce au temps.

Non, il faut songer à se séparer lorsque la vie à deux est devenue problématique, soit parce que le temps n’a pas permis au couple de se développer dans la tendresse, laissant alors une faille de plus en plus profonde s’installer jusqu’à provoquer une sensation d’étrangeté.

Soit encore parce que le rapport de force se traduit systématiquement ou régulièrement dans un passage à l’acte par agression physique. Ces actes odieux sont une alarme qu’il serait souhaitable d’interpréter comme le signal du départ instantané.

Soit enfin parce que la parole devient un moyen d’assujetissement psychologique.

Chaque phrase prononcée devient alors prétexte ou intérêt à déclencher une bagarre dont l’unique but poursuivi est la destruction quasi systématique du ou de la partenaire qui se transforme en proie préférée de celle ou celui qui se déchaîne sur vous.

Dans tous les cas, il faut se séparer.

Mais il est probable que le bourreau ne quittera pas sa proie puisqu’il a sous la main une personne devenue bien malgré elle complice par le laissez-faire qu’elle autorise.

Par conséquent, c’est toujours à la victime de se faire aider par tous les moyens possibles et saisir le mors par les dents pour fuir au plus vite cette relation et cet être tous les deux devenus toxiques.

[1] Yourcenar Marguerite, 1983, Le temps, ce grand sculpteur, Paris, Gallimard

Vendredi 22 novembre

Nom : PARPAIX

Prénom : François

Profession : Sexologue et thérapeute de couple

Un cas de figure réclame de fuir coûte que coûte, avec détermination, quitte à vous faire aider par tous les moyens et recours possibles (encore plus si vousfonctionnez dans l’abnégation, la soumission, êtes en recherche d’affection massive et avez une faible estime de vous‐même car vous êtes la proie idéale) : je parle du partenaire au comportement violent et ou pervers (en grande majorité des hommes). Courage, fuyez !Sinon, dans mon expérience de clinicien, rien ou presque ne permet d’affirmer avec certitude que c’est l’heure de se quitter, tant j’ai vu des couples s’entredéchirer avec virulence, menacer de divorcer, à leur demander ce qu’ils attendaient de moi sinon de constater les dégâts et de les aider avec une marge de manoeuvre ténue… et de les croiser quelques années plus tard, bras dessus, bras dessous !

A contrario, des couples, consultant pour des conflits en apparence résolvables, se séparaient définitivement, d’un coup !

Dans l’infinité des raisons qui justifient une séparation, ce qui est justifié pour les uns, reste viable, tolérable et pardonnable pour les autres…

Question d’attirance, de dépendance, d’intérêts, de valeurs, de personnalité surtout, allez savoir… et c’est très bien comme cela. Pourvu qu’on sache, en toute conscience, pourquoi on reste et pourquoi on se quitte.

Samedi 23 novembre

Nom : KARILA

Prénom : Laurent

Profession : Médecin (Psychiatrie et Addictologie)

« La rupture est la seule chose que nous ayons à savoir de l’enfer », écrit Émily Dickinson. L’amour n’est pas qu’un lit de pétales de roses, on risque toujours de se blesser à une mauvaise épine. Une rupture est rarement une partie de plaisir. Tout est remis en cause. L’existence toute entière est temporairement perturbée. Rien ne sera plus jamais pareil qu’avant. La personne change de partenaire. Souvent, elle va aussi déménager, perdre les ami(e)s communs au couple, faire un tri sur les réseaux sociaux, voir ses enfants un week end ou une semaine sur 2 et la moitié des vacances scolaires. En clair : il faut vivre autrement. On met un certain temps à se remettre d’une rupture. Plus longtemps encore quand la décision ne vient pas de soi. Le chemin parsemé d’émotions négatives parcouru après une séparation comprend différentes étapes. Elles seraient assez semblables à celles que traverse l’enfant privé de sa mère, l’adulte qui perd un ami proche, ou celui qui est en deuil.

Il n’y a pas de consensus sur le moment de séparation. Cependant, une relation amoureuse unilatérale, une relation amoureuse dysfonctionnelle, une relation de cohabitation, rester uniquement pour les enfants alors qu’il n’existe plus aucun centre d’intérêt commun sont des causes clairement identifiées.

Dimanche 24 novembre

L'avis de Brigitte :

Je constate de plus en plus que les couples se séparent rapidement, parfois même avec des enfants en bas âge, moins de deux ans. Si bien sûr il est préférable de se séparer quand on ne s’entend plus du tout, j’ai tout de même l’impression que la majeure partie des gens confondent état amoureux et amour.

Dès que la passion du début s’estompe ou que la condition de parents l’emporte sur le désir charnel, les deux membres du couple ne voient plus trop l’intérêt de rester ensemble, sans doute se quittent-ils pensant que puisque leurs sentiments sont moins torrides, ils n’ont plus rien à faire ensemble.

Pourtant, un couple se construit et évolue au fil des années et c’est cette évolution permanente qui permet à chacun de grandir, j’oserai même dire de devenir adulte.

Vivre une vie de passions amoureuses, aller d’une aventure à une autre est après tout un mode de vie tout à fait envisageable aujourd’hui mais ce style de vie n’est pas pour tout le monde. Cela demande une certaine force de caractère et un minimum d’autonomie financière.

En fait, lorsque deux êtres se rencontrent, ils aiment une certaine personne idéale mais au fil du temps, ils vont découvrir la véritable personnalité de leur partenaire et parfois la désillusion est grande.

Néanmoins, ce réajustement amoureux est un formidable cheminement. Il permet de grandir puisqu’on apprend à accepter l’autre avec ses différences mais on accepte aussi de renoncer à son idéal.

Bien sûr, on peut s’être vraiment trompé et si on découvre un partenaire manipulateur, violent ou ayant un défaut qu’on ne peut absolument pas supporter alors en effet, mieux vaut mettre un terme rapidement à la relation. Sans faire l’impasse sur la raison qui nous avait aveuglé au départ.

Sur le long terme, il y a aussi des situations qui impliquent plutôt la rupture. Lorsque vraiment les partenaires n’ont plus rien en commun. En général, la distance s’est installée au fil des années.

Quand l’un des membres du couple est vraiment amoureux de quelqu’un d’autre. La triangulation est source de souffrance pour tous et il y a un moment où le choix est inévitable.

En revanche, les disputes répétitives, le manque de rapports sexuels, un désaccord important ne sont pas forcément de bonnes raisons pour se quitter. En revanche, ce sont des crises à dépasser en toute conscience. La conscience est la qualité de l’adulte mature.

 

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Le 08/12/2013 à 10:57

Réponse de diablo69

c'est exactement ceux que je me demande
Le 27/11/2013 à 01:07

Réponse de zitounv

j'ai vécu avec des "non choix"(ce qui parait il est un choix aussi)

j'ai ce souhait de murir,près d'une"Rebelle"!

mais ne manquerais pas de vous solliciter si je me trouve dans une impasse,si je manque de maturité!(ce qui n'est pas à l'ordre du jour):-)





"Néanmoins, ce réajustement amoureux est un formidable cheminement. Il permet de grandir puisqu’on apprend à accepter l’autre avec ses différences mais on accepte aussi de renoncer à son idéal."! :-)







Le 24/11/2013 à 19:50

Réponse de stephyduclos

quand on découvre une caméra cachée