L'être humain est-il naturellement fidèle ou infid

Publié le 10/10/2016 à 21:42

Chaque semaine, un dossier sur la sexualité ou l'amour commenté chaque jour par l'un de nos experts...Chaque semaine, un dossier sur la sexualité ou l'amour commenté chaque jour par l'un de nos experts...

Lundi 14 octobre

Nom : PERETTI

Prénom : Marie-Laure

Profession : Docteure en Psychopathologie fondamentale et Psychanalyse - Psychothérapeute

Par définition, l’homme ne laisse rien à l’état de nature. Tout ce qui le concerne subit le processus de culture.

Ainsi en est-il des questions de fidélité et d’infidélité qui trouvent leur place au sein du couple et risquent fort, pour chacun des membres qui le composent, de ne pas signifier la même chose.

Pour l’un, être fidèle implique de ne pas avoir de rapport sexuel avec un tiers tandis que pour l’autre, regarder une autre personne est déjà synonyme de tromperie.

C’est dire si l’ajustage est compliqué !

Discuter ensemble des demandes individuelles dans un couple sur lesquelles chacun souhaite être respecté doit être une priorité.

En effet, imposer à l’autre qu’il soit fidèle exige de s’entendre sur ce que l’on entend par fidèlité. Cette contrainte forte, illusoire promesse de conserver l’amour de l’autre en le détournant de l’infidélité, menace de se retourner contre celui ou celle qui l’exige.

Interdire quelque chose, n’est-ce pas le plus sûr moyen d’en indiquer le chemin ?

Mardi 15 octobre

Nom : KARILA

Prénom : Laurent

Profession : Médecin (Psychiatrie et Addictologie)

Je vais commencer fort ! Les progrès de la génétique nous apprennent que notre vie sexuelle est en partie inscrite dans notre ADN. Nos gènes influent sur la qualité de nos orgasmes, mais aussi sur notre capacité à être fidèle et sur notre penchant pour l’excès. Une étude anglaise a été menée sur 1600 jumelles. Elles ont été interrogées sur leur vie amoureuse, sexuelle et sur la fréquence de leurs relations extraconjugales. Il ressort que lorsque l’une des deux sœurs est infidèle, sa jumelle l’est aussi le plus souvent. Ce tempérament infidèle pourrait se transmettre à hauteur de 40% d’une génération sur l’autre. Attention, la génétique n’explique pas tout ! Notre sexualité se construit bien évidemment au carrefour de réalités biologiques, psychologiques et sociologiques.

La luxure est un péché capital : c’est un fait ! Néanmoins, nombreux sont ceux qui y ont succombé. Une enquête menée en 2007 sur un échantillon de 70 000 personnes a retrouvé que 50% des femmes (comme les hommes) déclarent avoir un jour cédé à l’adultère. L’immense majorité des espèces animales est de toute façon infidèle. Le sujet infidèle est un chercheur de nouveautés et de sensations. La motivation de l’adultère est avant tout érotique. L’usure chronique du couple, la crise des X années de vie commune, l’ennui, une mauvaise ambiance à la maison, on peut être vite tenté par le diable ! L’infidélité peut être un événement de vie violent dans la vie d’un couple parce que l’on en ignore l’issue. Tout peut s’écrouler. L’infidélité, comme la jalousie, peut aussi rapprocher les couples et rebooster la libido du couple qui était en péril.

La monogamie est bien présente quand même avec différentes formes. La monogamie sociale se rapporte aux couples unis pour élever une famille mais admettant plusieurs partenaires sexuels. La monogamie sérielle concerne les personnes qui entretiennent une succession de liaisons fidèles dans une existence. Seule la monogamie vraie, THE fidélité à un unique partenaire, est assortie de fidélité sexuelle.

Chacun fait ce qu’il veut de toute façon. Il faut en mesurer les conséquences !

Mercredi 16 octobre

Nom : HERIL

Prénom : Alain

Profession : Psychanalyste, sexothérapeute et formateur

A partir du moment où l’on envisage que tout être humain a un inconscient et que celui-ci est constitué de parties pulsionnelles, il faut bien admettre qu’au plus profond de nous-mêmes il y a des énergies qui cherchent à s’exprimer sans référence à la morale et à la bienséance !

Oui, l’être humain semble être infidèle dans ses structures inconscientes. Il cherche à jouir, posséder, ouvrir ses champs de jouissance à l’infini, à éprouver du plaisir quelles que soient les circonstances et les êtres en présence.

Oui, nous avons en nous cette part hédoniste profonde qui ne veut ressentir la joie que hors de la contrainte et les obligations sociétales.

La fidélité est culturelle. Cela ne veut pas dire qu’elle est une « mauvaise chose » car elle cimente le couple, la famille, la société depuis des siècles. Mais cette injonction morale à la fidélité est faite pour être questionnée sans cesse, détournée à tout moment, non respectée constamment.

Nous voulons être fidèles pour correspondre à nos critères moraux et sociétaux, à notre éducation, au lien inconscient au couple idéal. Mais nous sommes infidèles dans notre obéissance à nos pulsions qui nous rappellent sans cesse que le désir n’a ni limite, ni règles, ni contraintes. Et que si l’on veut répondre présents à ses demandes, c’est dans l’infidélité que nous trouverons la réponse à sa formidable puissance.

Nous avons besoin de nous imaginer fidèles

Mais nous désirons être infidèles

Chacun s’arrange comme il le peut avec cela. Et c’est ainsi depuis toujours…

Jeudi 17 octobre

Nom : ARLIN

Prénom : Philippe

Profession : Sexothérapeute

Il faudrait bien plus que ces quelques lignes pour définir l’idée même de fidélité. Chacun ayant la sienne ou du moins sa propre adaptation. Pour autant je vais m’en tenir à la définition d’aucune relation sexuelle avec une autre personne.

Alors est-il dans notre nature d’être humain, d’être fidèle ? Je crains que dans la plupart des cas ce ne soit un vœu pieu auquel on accorde vraiment beaucoup trop d’importance. Déjà si l’on se place au niveau simple de la sexualité, l’être humain n’est pas monogame, il va naturellement rechercher plusieurs partenaires. Faire le choix de vivre une relation unique avec un(e) partenaire relève de l’affectif et non de la sexualité. Je dirai que la fidélité est un choix une construction que l’individu s’impose comme un présupposé à ses relations amoureuses. Maintenant tout le monde n’y réussit pas avec le même talent, certain allant même jusqu’à ne pas l’envisager du tout.

Je pense que l’erreur fondamental là encore c’est de mélanger l’affectif et le sexuel. Car la fidélité ne s’y joue pas du tout de la même manière. L’être humain a je pense une nature affective fidèle mais sa sexualité ne fonctionne pas sur le même registre et à moins de décider (et pourquoi faudrait-il le faire) de la limiter à la personne avec qui nous partageons un sentiment d’amour, notre libido risque fort de trouver matière à aller voir ailleurs….

Vendredi 18 octobre

Nom : MARTIN

Prénom : Bruno

Profession : Sexothérapeute

Dans la nature, l’effort pour se reproduire, comprend , l’effort d’accouplement (temps consacré à la drague, la séduction, la recherche, la copulation…), l’effort de soin parental (période et énergie dévolus à l’éducation et le soin apporté aux enfants qui réduit la capacité d’investir du temps consacré au sexe). Dans toutes les espèces, le sexe qui s’investit le plus dans les soins parentaux est monogame et l’autre polygame. Chez l’humain, la Femme, depuis la nuit des temps, s’occupe des soins parentaux, ce qui la rend momentanément indisponible sexuellement. Ceci plaiderait pour une monogamie et une fidélité féminine et une polygamie masculine innée.

Cependant, aujourd’hui, le partage des tâches et le « lissage » des rôles sexuels ont rendu ces données beaucoup plus floues. Malgré tout, loin de ces stéréotypes, Je suis persuadé que depuis toujours l’humain, homme comme femme, est en proie à un double besoin contradictoire : un besoin de sécurité affective qu’il trouve sans doute dans le couple et la famille, et un besoin antagoniste de rêve de conquête de l’Autre, d’ailleurs et d’aventure, qui lui dit qu’il n’est pas encore sexuellement mort, ou enfermé à vie même dans une prison dorée…

Samedi 19 octobre

Nom : PARPAIX

Prénom : François

Profession : Sexologue et thérapeute de couple

Moins de 5% des mammifères, dont nous faisons partis, sont monogames. Si la fidélité était une simple question de concentration en ocytocine ou le fait d’un gène de la fidélité, cela signifierait qu’il circule un paquet d’êtres humains en déficit, un couple sur deux se séparant en ville, un peu moins à la campagne… sans doute parce que l’air y est moins pollué ! Je m’exprimerai en tant que thérapeute de couple, la relation extra-conjugale, terme moins moralisateur, remplissant les consultations de couple : l’infidélité entre humains est bien un fait de société. J’en déduis que la fidélité relève plus d’une éducation et d’une volonté !
Les mobiles de la fidélité sont parfois moins nobles qu’il n’y paraît et l’infidélité se révèle de temps en temps moins diabolique qu’on ne le pense. Telle femme assoupie dans son couple depuis des années se réveille en découvrant l’exaction de son mari, le couple se relançant du même coup. Telle autre par son nouvel amant se sent enfin prête à enclencher un processus de séparation qu’elle reportait sans cesse, quand pour d’autres, l’infidélité est la seule respiration pour tenir dans son couple, faute d’avoir les moyens de partir.
Bref, comment dépassionner le débat ? Loin de moi l’idée de promouvoir l’infidélité, juste de souligner qu’elle réclame humilité et bienveillance pour nous qui les accueillons : comment les aider à mener une réflexion constructive?
Cette question me renvoie à celle de l’autonomie que chacun s’octroie au sein de son couple : entre ceux qui font leur petite cuisine en cachette et ceux qui choisissent la liberté surveillée de l’échangisme, toutes les combinaisons existent. La fidélité pour la fidélité n’est pas un programme de couple en soi, c’est même parfois l’expression d’une vision possessive et égoïste qui a moins à voir avec les notions de respect et d’amour. Chacun exige qu’on lui soit fidèle, mais se montre plus tolérant pour ses incartades.
L’infidélité n’est pas une fatalité, mais fait partie des possibles, alors pourquoi ne pas l’anticiper de façon mâture? Apprendre à maîtriser ses émotions, à se séduire un peu chaque jour pour créer de l’intimité en pleine conscience afin de cultiver le désir... A chacun de trouver le meilleur compromis entre ses désirs, ses fantasmes, sa relation au plaisir, sa personnalité, avec l’idée qu’il se fait de sa relation à l’autre en terme d’enjeux, de responsabilité, de maturité… et de respect.
L’infidélité coûte cher sur le plan affectif, mais elle a du sens. Mis à part l’addiction au sexe et à l’amour et à la séduction, l’infidélité n’existe pas en phase d’élan amoureux… et les tenants de la morale pure et dure devraient se méfier : la fidélité n’est pas garante de la pérennité du couple. Au sexologue d’aider le couple à démêler les fils de l’intimité et à rétablir le dialogue…

Dimanche 20 octobre

L'avis de Brigitte :

Il existe de nombreuses théories qui nous expliquent le comportement humain et chacun peut y trouver son compte. Notre sexualité dépend de nombreux critères et il est indispensable de les intégrer pour bien comprendre comment se joue la sexualité humaine.

Bien sûr, sur le plan sexuel uniquement, l’homme se rapproche terriblement de l’animal et donc, réagit de manière pulsionnelle à tout stimuli venant du sexe opposé. Quant à la femme, son envie sexuelle est plus développée au moment de l’ovulation. Un autre élément, très biologique, à prendre en compte, est hormonal. On sait que lorsque deux personnes se rencontrent et tombent amoureuses l’une de l’autre, leur désir est à son paroxysme.

Mais la sexualité humaine n’est pas uniquement pulsionnelle, elle dépend aussi des sentiments et de la morale.

Ainsi, les personnes qui ne peuvent pas avoir de relations sexuelles sans être lié affectivement auront forcément tendance à être plus fidèles. De même, les êtres qui sont particulièrement attachés aux valeurs morales, seront plus heureux en restant fidèles. Enfin, le modèle qui aura été le nôtre durant notre enfance pourra aussi influer sur notre comportement futur.

Tous ces paramètres entrent en ligne de compte et chaque individu aura donc sa propre éthique.

De plus, la notion de fidélité est aussi assez subjective. Pour certains, elle commence dès que nos pensées se dirigent vers une personne étrangère alors que d’autres acceptent même une aventure passagère sans se sentir trahis.

Mais malheureusement, le pacte de fidélité peut difficilement être discuté sereinement dans un couple tant il dépend de nos ressorts inconscients. Même sur le plan individuel, nous sommes capables de changer d’avis tout au long de notre existence suivant les expériences vécues. Alors, restons prudent et ne réagissons jamais à chaud face au désir d’être infidèle ou devant l’infidélité de notre partenaire !
 

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Le 26/10/2013 à 22:58

Réponse de guko84

Nous sommes Libertin, mais l'important c'est de faire attention ne pas être Cocu