Le mariage serait-il le symbole de la famille ou d

Publié le 10/10/2016 à 21:40

Chaque semaine, un dossier sur la sexualité ou l'amour commenté chaque jour par l'un de nos experts...

Lundi 03 juin

Nom : ARLIN

Prénom : Philippe

Profession : Sexo-thérapeute

S’il est bien un mot qui a fait parler de lui ces derniers temps, c’est bien le mot mariage. Si aujourd’hui il est enfin ouvert à tous c’est je pense ce qui va lui permettre de prendre tout son sens. Il signe et symbolise avant tout le choix que deux individus font de s’unir pour construire une relation durable basée sur les sentiments qu’ils se portent et ce aux yeux de tous.

Relation durable qui permettra éventuellement la création d’une famille à travers la procréation ou l’adoption. Mais ne nous y trompons pas cette dernière étape : « la famille » n’est pas l’expression directe et unique du mariage. Beaucoup de couples se sont unis et ont fait le choix de ne pas avoir d’enfants et d’autres de fonder une famille loin des liens du mariage.

Alors laissons chacun s’en emparer pour construire le couple et la famille qui lui correspondent mais n’oublions pas qu’il s’agit avant tout d’un choix d’amour.

Mardi 04 juin

Nom : PERETTI

Prénom : Marie-Laure

Profession : Docteure en Psychopathologie fondamentale et Psychanalyse - Psychothérapeute

Pour l’anthropologue Lévy-Strauss, le mariage est le socle pratiquement universel de la famille et scelle une union en principe durable avec pour seule possibilité de rupture le divorce, variable selon les lieux et les époques.

À l’origine, cette union est le résultat entre un prétendant et la famille d’une jeune fille souhaitée en payant au passage un tribu pour cette acquisition. Le mari s’engage à pourvoir à l’entretien de son épouse, les droits de cette dernière étant toujours limités et ne différant pas fondamentalement de ceux de l’esclave.

Dans l’antiquité grecque et romaine, le mariage est une nécessité au regard de la survie de l’espèce et devient alors un outil social de légitimation des enfants qui en sont issus ainsi que la transmission de l’héritage.

Puis le christianisme commence sa longue et inexorable ascension en institutionnalisant quantité d’événements de la vie civile. Ainsi, le mariage devient un saint sacrement à côté de l’eucharistie, la pénitence et le baptême.

Ce n’est qu’à partir du dix-septième siècle qu’apparaît la place de l’affection au sein de la famille conjugale. Le mariage civil obligatoire avec ou sans mariage religieux trouve sa place. Jusqu’à cet instant, il n’a guère été question d’amour, le mariage étant une façon de fonder une famille dans l’harmonie et de veiller à deux à son bon fonctionnement.

Symbole de la famille, il ne peut en aucun cas être le symbole de l’amour, l’amour étant après les premiers émois passés de la passion, une longue et difficile construction. Ce long temps se construit sur une base amoureuse fondée sur la communauté des besoins et des désirs avec un problème à l’horizon.

La nouveauté dans les rapports amoureux est que si l’homme occidental s’est plié bon gré mal gré au mariage monogamique codifié par les sociétés au fil du temps, il n’en va pas de même chez la femme qui découvre, grâce à une liberté nouvellement acquise, que la monogamie n’est pas la seule voie possible.

Mercredi 05 juin

Nom : MARTIN

Prénom : Bruno

Profession : Sexothérapeute

Peu de gens vous diront que le mariage représente ce qu’on a trouvé de mieux pour occuper le week end en famille même s’il apparaît prioritairement depuis toujours le symbole de l'acte officiel et solennel qui institue entre deux époux une communauté de patrimoine et de renommée appelée famille dont le but est de constituer de façon durable un cadre de vie commun aux parents et aux enfants pour leur éducation.

Mais cette définition un peu rébarbative qui risquait d’engendrer à terme de « l’anneaurexie : manque d’appétit pour le mariage » a laissé peu à peu plus de place à la passion amoureuse comme déclencheuse d’une envie d’union.

Cependant, la forme « évanescente » de l’amour et de son usure rapide ne cadre pas très bien avec la vison « éternelle » de l’engagement dans le mariage qui apparaît souvent comme un « jeu de satiété ». Un paradoxe qui peut donner du sel à l’envie de montrer que nous sommes plus doués que le voisin pour réussir en amour. Mais cette obligation d’associer l’amour au mariage risque aussi de lui faire plus de tort que de bien dans la mesure où quand il disparaît, une nouvelle quête d’amour voit le jour et entraine adultère et divorce : un comble !

Néanmoins l’humain est joueur et associe désormais mariage à amour et famille même si dans ce jeu il y a en général à terme pour beaucoup autant de solutions que dans le conflit Israelo-Palestinien.

Jeudi 06 juin

Nom : HERIL

Prénom : Alain

Profession : Psychanalyste, sexothérapeute et formateur

Depuis plus d’un siècle nous nous marions en Occident par amour. Les mariages de familles à familles avec dot et tractations entre les pères qui donnaient leurs filles comme des objets sont terminés ! Néanmoins ces aspects du mariage restent encore inscrits dans l’inconscient collectif et se marier (même si l’amour prévaut) est quand même une union symbolique et réelle entre deux familles et, parfois il est de bon ton que lesdites familles aient le même niveau social, la même religion, la même conception du monde. Le mariage reste donc (en catimini) l’affirmation de deux « clans » qui décident de s’unir ensemble. Oui l’amour est présent mais il peut être un prétexte à autre chose !

En fonction de tout cela il me semble que le mariage est plus le symbole de la famille que celui de l’amour. Car on peut s’aimer sans se marier n’est-ce pas !

En revanche il peut y avoir dans l’amour une forme de mariage symbolique, comme une façon de se déclarer une possibilité d’éternité relationnelle. Il s’agit plus de ce que CG Jung appelait Hieros Gamos, le mariage entre le Roi et la Reine.

Mais ce mariage se fait aussi à l’intérieur de soi. Car la première personne avec qui l’on se marie et que l’on apprend à aimer, c’est soi-même !

Vendredi 07 juin

Nom : KARILA

Prénom : Laurent

Profession : Médecin (Psychiatrie et Addictologie)

L'union de 2 êtres, jusqu à ce que la mort les sépare, est plus que d actualité en ce moment. Le mariage ne comprend plus la différence de sexe des époux.

Le dictionnaire Larousse définit le mariage comme un acte solennel par lequel deux personnes de sexe différent, ou de même sexe, établissent entre eux une union. Le mariage est un mode d'organisation de la conjugalité. Il se contracte ou se défait de façon rituelle, religieuse, juridique. Il encadre les règles de fonctionnement d un couple marié. Il permet la mise en place d un cadre social et légal au développement de la famille. Si le symbole est fort, l'amour fait aussi partie de la dynamique de ce type d union.

Samedi 08 juin

L'avis de Brigitte :

Tout sexologue digne de ce nom a été un peu choqué par la violence de certaines personnes durant ces manifestations contre le mariage pour tous. Car lorsqu’on travaille sur la sexualité, on sait bien que l’être humain ne choisit pas d’être hétérosexuel ou homosexuel. Les homosexuels ont souffert depuis des siècles de l’homophobie ambiante, aujourd’hui où la sexualité est enfin reconnue comme nécessaire à notre bien- être et non plus uniquement destinée à la reproduction de l’espèce, accordons leur le droit de s’unir.

Mais le mariage néanmoins semble encore, du moins pour la majeure partie de la société, être le symbole de la famille et non pas le symbole de l’amour. Certes, cette institution au départ fut créée pour cadrer les familles. Son but était de permettre aux hommes et aux femmes de se soutenir matériellement et de léguer à leurs enfants leurs biens. Même le plus puissant de l’état, c’est-à-dire le Roi, n’avait guère le choix. On lui imposait une femme qui convenait aux intérêts du royaume. Le mariage d’amour n’existait pas, heureusement certains couples parvenaient à s’aimer au fil du temps, pour les autres, ils faisaient avec. De toute façon, le mariage était une institution qu’on ne discutait pas. Si on ne voulait pas se marier, il restait pour les filles le couvent. Quant aux hommes, l’Eglise leur servait également d’échappatoire.

Le divorce existe certes depuis longtemps mais il fallait des raisons très spécifiques pour y avoir droit. La révolution l’a rendu plus accessible à tous mais ce n’est qu’au milieu du XX° siècle que le divorce s’est réellement démocratisé rendant le mariage moins impliquant. D’ailleurs de nombreux couples maintenant fondent une famille et ne se marient qu’ensuite, voire ne se marient pas. Alors en ce début de XXI° siècle, il est clair pour moi que le mariage est devenu le symbole de l’amour mais les mentalités évoluent toujours plus lentement que les faits…

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Le 15/06/2013 à 00:27

Réponse de stephyduclos

Chaque personne a ses propres symboles, alors pour certains oui.



Pour ma part :

la preuve d'amour que j'ai donnée a été de faire un enfant. Nous avons notre lien, notre famille et même séparés maintenant nous gardons respect, entraide et amour mutuel.



le mariage est un pacte écrit par les hommes pour les hommes nommant une série d'obligations.

il peut être imposé aussi. Alors ce symbole est aussi celui des viols et de la tristesse.







Le 08/06/2013 à 22:02

Réponse de Florina

Mais ce mariage se fait aussi à l’intérieur de soi. Car la première personne avec qui l’on se marie et que l’on apprend à aimer, c’est soi-même ! (Alain HERIL).



Absolument. Tout à fait vrai. Nombre de divorces en est la preuve. Au début d'un mariage cela ne se fait pas, cela ne se sait pas, à la limite de considérer que s'aimer soi-même est d'un égocentrisme qui frise l'adultère.

Cela s'apprend. Cela se comprend au fur et à mesure de la perte de soi dans l'union-fusion.

L'union du mariage, devenant une certitude omet au fil du temps le respect qui la consolide. Dommage(s)



Aujourd'hui cela ressort dans l'inconscient collectif. Se marier pour mieux se quitter ?



Ou alors une considération de l'autre, un apprentissage au quotidien pour se découvrir soi-même grâce et avec le conjoint. Non pas dans l'appartenance, mais dans le partage extraordinaire de la vie.



Par grâce, beaucoup de couples vivent cette osmose sans même avoir le besoin de se marier. Une façon différente d'apprécier et de vivre la relation, légitimée par l'union des coeurs et des corps. Aujourd'hui nul besoin de justifier l'Amour par un acte légal. La Légalité de l'Amour reprend ses droits.



Vive les Mariés ! Mais surtout Vive les Gens Heureux !