Y-a-t-il vraiment des personnes asexuées ?

Publié le 10/10/2016 à 21:39

Chaque semaine, un dossier sur la sexualité commenté chaque jour par l'un de nos experts...

Lundi 27 mai

Nom : HERIL

Prénom : Alain

Profession : Psychanalyste, sexothérapeute et formateur

Certaines personnes adultes qui sont encore vierges et qui n’ont aucun appétit à la sexualité peuvent être considérées comme asexuées. Mais est-ce qu’elles sont sans désir ? Cela me semble impossible. A moins d’être structurellement dépressif ou mélancolique, ce qui est de l’ordre de la pathologie psychique, tout être humain à mon sens est « soumis » au désir. Nous ne pouvons pas ne pas désirer. Et même si on fait l’effort de lutter contre sa dimension désirante, celle-ci est active chez tout être humain. Les projections, les fantasmes, le besoin sexuel, l’interrogation sur ce qu’est la sexualité, la curiosité sexuelle…tous ces éléments parlent de l’humain et de son rapport à lui-même, aux autres, au monde…

Dès notre petite enfance nous sommes en recherche de communication avec ce qui n’est pas nous. Et la question de l’Autre se pose d’emblée. Qui est-il ? Comment entrer en contact avec lui ? Et, plus tard, comment le désirer et être désiré par lui ?

Echapper au désir c’est annuler l’élan vital qui nous pousse naturellement à vouloir communiquer avec l’autre, à vouloir jouir de lui et avec lui. Aussi la dimension asexuelle est-elle une manière de refuser d’aller vers l’autre et de prendre le risque d’entrer en relation avec lui.

C’est une restriction de ce qui fait l’Eros : la curiosité, la puissance vitale, le corps et sa jouissance possible, la joie, le partage…Et cette restriction fait envisager le monde dans une pauvreté et une aridité qui peut faire le lit de l‘intégrisme religieux et du refus de l’humain dans le sens où Humain voudrait dire Relation, Partage et Désir.

Mardi 28 mai

Nom : KARILA

Prénom : Laurent

Profession : Médecin (Psychiatrie et Addictologie)

Asexués, asexuels : des termes qui se confondent ! Un sujet relayé par les medias en ce moment...En étant rigide, asexué ne devrait pas être confondu avec asexuel. En sciences, une espèce est dite asexuée si elle peut se reproduire sans l'existence d'individus de sexes distincts (comme les bactéries, les champignons...).

Peu importe, l'asexualite correspond à l'absence de désir, d'attirance sexuelle pour l autre quelle que soit son orientation sexuelle. Les études scientifiques sont trop peu nombreuses pour parler véritablement de l'asexualite comme une orientation sexuelle. Nous sommes tous sur une courbe de Gauss de la sexualité (courbe en cloche) qui va de l'hypo à l'hypersexualite. Les personnes asexuées ou asexuelles sont sur le début de cette courbe...

Cette absence de désir, même si elle reste sans cause chez certains, devrait être explorée sur le plan biologique, physiologique, hormonal. Il existe certains troubles du désir qui sont l expression de certains traumatismes psychiques ou physiques.

Mercredi 29 mai

Nom : MARTIN

Prénom : Bruno

Profession : Sexothérapeute

L'asexualité, au sens le plus large, est l’état d’une personne asexuelle qui ne ressent pas d'attirance sexuelle pour une autre personne. L'asexualité a aussi été définie comme un désintérêt pour le sexe. Cette définition trés souple, facilite grandement la possibilité de s'étiquetter "asexuel".

En effet, bien que les personnes asexuelles ne ressentent pas d'attirance sexuelle, certaines créent ou désirent créer des relations romantiques. Une « petite minorité de personnes se définiront comme asexuelles pendant une brève période, le temps pour elles d'explorer et de questionner leur sexualité. La trop grande largesse de la définition permet une très large diversité parmi les personnes qui s'identifient comme asexuelles. Certaines d'entre elles ont des rapports sexuels par curiosité, tandis que d'autres non. Certaines se masturbent tandis que d'autres n'en ressentent pas le besoin. Le besoin ou le désir de se masturber est souvent dissocié de l'attirance sexuelle de telle sorte que l'on peut se masturber et s'identifier comme asexuel. Les personnes asexuelles qui se masturbent considèrent généralement qu'il s'agit là d'un besoin physiologique et non le signe d'une sexualité refoulée. On peut néanmoins établir une différence entre les individus "autoérotiques" et asexuels. Les individus autoérotiques reconnaissent un désir sexuel au contraire des asexuels.Certaines de ces personnes n'en tirent d'ailleurs pas de plaisir. D'autres différences ont été notées, en particulier dans la façon qu'ont les personnes qui s'identifient comme asexuelles de se positionner par rapport aux relations sexuelles. En effet, tandis que certaines se considèrent comme « indifférentes » et peuvent avoir des relations sexuelles pour le bénéfice de leurs partenaires, d'autres sont fermement opposées à l'idée de s'engager dans des relations sexuelles. Nous pouvons néanmoins soupçonner que l'asexualité s'apparente à un désir hypo actif qui peut poser la question d'une sexualité inhibée mais pas tout à fait morte.

Le feu couverait toujours sous la cendre...

Jeudi 30 mai

Nom : ARLIN

Prénom : Philippe

Profession : Sexo-thérapeute

A moins de souffrir d’une anomalie biologique ou d’une quelconque pathologie, nul n’est au véritablement sens du mot asexué. Pour autant certaines personnes « bien portantes » disent et s’affirment comme asexuées (plus exactement asexuelles) c'est-à-dire n’ayant aucune sexualité.

Il est vrai qu’à l’inverse de certains de nos besoins biologiques tel que boire, manger, éliminer…la sexualité n’est pas vitale au sens ou sa suppression ne met pas en danger notre vie. On peut donc, par choix, voir tout simplement par absence de besoins conscients, n’avoir aucune sexualité. Certains vont même le poser comme une revendication, un acte choisi.

Pour autant, c’est bien mal connaître les mécanismes de la sexualité pour ainsi prétendre s’en libérer. Elle n’a besoin d’aucun support pour s’exprimer et même si une personne s’interdit tout attitude corporelle sexuelle qu’en est-il de sa psyché. La sexualité fait partie de nous, elle est même une composante indispensable de notre développement et de notre épanouissement physique et psychique. La supprimer et ne pas la laisser s’exprimer est déjà en soi sexuel.

Faire le choix d’être « asexuels » c’est en soi faire le choix d’une autre forme de sexualité…il n’y a donc rien d’asexué (privé de sexe) dans tout cela…

Vendredi 31 mai

Nom : PERETTI

Prénom : Marie-Laure

Profession : Docteure en Psychopathologie fondamentale et Psychanalyse - Psychothérapeute

En biologie, le terme asexué renvoie à un mode de reproduction sans individus de sexes distincts. Ce qui signifie, si de telles personnes existent, qu’elles seraient capables de se reproduire seule, sans recours à un ou une partenaire. De telles personnes n’existent pas. La condition humaine implique que nous appartenions à l’un ou l’autre sexe et qu’il faille une rencontre des deux pour donner naissance à une troisième. L’hétérosexualité étant la légitimité de la procréation.

 En revanche, il existe bel et bien des personnes asexuelles ou encore asexualisées qui n’ont pas d’intérêt pour la sexualité. En effet, l’asexualité est aujourd’hui reconnue comme l’absence d’attirance sexuelle pour les autres. Depuis quelques années, des recherches commencent à expliquer ou simplement reconnaître cette variation de la sexualité humaine.

Cette problématique, débattue par les chercheurs, pose la question de l’existence de cette expression de la sexualité humaine et de son corollaire, la faire entrer ou pas dans la catégorie de la pathologie.

Ce que les personnes asexuelles expliquent en parlant d’elles-mêmes, ce qui tendrait à faire penser que l’asexualité est une oriention, est que l’asexualité s’impose à elle, ce n’est pas volontaire.

Autrement dit, pas plus qu’on ne choisit d’être bisexuel, hétérosexuel ou homosexuel, pas plus on ne choisit d’être asexuel.

Rappelons au passage que l’homosexualité a longtemps été classée comme une pathologie psychiatrique et qu’elle n’en est sortie que récemment, précisément en 1992 pour la France.

La liberté est dans l’être, qui se manifeste également dans sa sexualité.

Samedi 01 juin

L'avis de Brigitte :

Le mouvement des personnes asexuées a pris naissance il y déjà quelques années aux Etats Unis. Il ne concerne pas énormément de monde mais il semble tout doucement en séduire de plus en plus. En fait les asexués ne renoncent pas à l’amour mais n’éprouvent pas le besoin d’avoir des relations sexuelles. Bien sûr certains restent seuls mais d’autres rencontrent un ou une partenaire qui partage leur philosophie de vie.

Bien sûr, sur un plan médical, faire l’amour n’est pas indispensable à notre survie même si il a été prouvé que la sexualité était source d’épanouissement. De même, il y a des différences notables d’un individu à l’autre sur ses besoins sexuels et sur la qualité de sa libido. Tout comme d’ailleurs, on peut, durant certaines périodes de sa vie, être plus ou moins enclin à avoir de nombreuses relations sexuelles ou au contraire connaître des périodes d’abstinence.

Alors pourquoi n’y aurait-il pas des personnes asexuées ? Je ne pense pas qu’elles le soient réellement sur un plan biologique. Il s’agit certainement plus d’un état psychologique mais après tout, si ces personnes se sentent bien sans sexe, pourquoi pas. A condition évidemment qu’elles ne privent pas leur partenaire d’une sexualité.

Je conseillerai juste aux personnes qui sont dans cette mouvance de ne pas nier son corps. Car nous sommes incarnés dans un corps et ce dernier nous parle bien plus que nous ne l’imaginons.

Pour pouvoir réagir, nous invitons à vous connecter Se connecter