Consommer le sexe comme une drogue

Publié le 10/10/2016 à 22:19

Chaque semaine, nous vous proposons un dossier commenté par certains de nos experts... Et Brigitte, bien entendu !

Entre comportement hypersexuel et addiction il y a une frontière cruciale qui n'est pas toujours facile à identifier. Souvent le sentiment de culpabilité, la honte ou le déni rendent l'issue de secours difficile à entre-ouvrir. 

Le sexothérapeute Bruno Martin et Brigitte Lahaie vous expliquent ce qu'est l'addiction au sexe et vous donnent des pistes pour le diagnostiquer et en sortir. 

Bruno Martin

Sexothérapeute

Les sex addicts passent la plupart de leur temps à tenter de séduire. Et surtout de conclure. Ces hommes et ces femmes ont une telle voracité de plaire qu’ils se retrouvent un jour prisonniers de leur sexualité. Ils sont victimes d’une dépendance qui leur vaut le nom de "sex addicts" dans les pays anglo-saxons où ce trouble du comportement a été identifié depuis longtemps.

Incapables de s’attacher, ils s’enfoncent dans une spirale de rencontres sans lendemain : 5 % des adultes, autant d’hommes que de femmes, seraient concernés. 

Le sex addict ne voit ses rencontres que comme des objets de satisfaction à son désir. Il n’est pas dans un rapport amoureux mais dans un rapport de consommation. Comme avec un objet.

Ce comportement, lié à un besoin de s’oublier en se fondant dans d’autres chairs, peut mener, lorsque la perte de soi est trop forte, jusqu’au suicide. "Ça pouvait être plusieurs par jour, plusieurs par nuit", témoignent beaucoup d'entre eux.

Une pulsion irrépressible qui tiendrait très souvent à des traumatismes provenant d’une enfance passée dans une atmosphère sexualisée ou auprès d’un parent lui-même victime d’addiction, de cumul des amants ou des maîtresses, ou encore d’alcoolisme par exemple. Tout cela ancrant le sujet à la fois entre dégoût et fascination.

Toujours en manque, les sex addicts seraient à la recherche du "shoot" – le terme est le même que celui employé par les toxicomanes – du flash, dans leur mémoire magique, ressenti lors de la première relation sexuelle. Ils pensent pouvoir le retrouver en multipliant les rencontres. Rien de plus facile aujourd’hui via les applications sur mobile et les sites spécialisés.

Le sex addict peut être passé par une longue période de plaisir solitaire, en se connectant sur des sites pornos allant jusqu'à s'empêcher de manger, de dormir pendant des nuits. Il peut encore chercher sa proie, conquérir des nanas, comme un défi dans une forme de "descente aux enfers".

C’est au moment où la seule quête de sexualité fait souffrir que les sex addicts appellent au secours. Celui-ci peut venir de proches mais une thérapie est souvent nécessaire. Elle visera à "devenir dépendant à cette drogue qu’est l’autre, dans une véritable relation amoureuse".

 

L'avis de Brigitte 

Les addicts sexuels sont de plus en plus nombreux. Cela concerne plus particulièrement les internautes qui regardent des heures durant des images pornographiques au grand désespoir de leur compagne qui vit souvent cette concurrence comme déloyale.

Il y a aussi ces hommes qui ont besoin d’avoir plusieurs rapports sexuels par jour, certaines femmes aussi d’ailleurs. Il ne faudrait pourtant pas confondre l’hyper sexualité avec une addiction au sexe qui là en effet peut se comparer à une drogue. 

Néanmoins, lorsque le sexe devient un passe-temps plus important que tout autre, lorsqu’il est produit de consommation plutôt qu’acte d’amour, bref, lorsque les besoins sexuels de quelle que sorte que ce soit sont de plus en plus importants et surtout irrépressibles, alors oui le sexe devient une drogue.

Alors quand faut-il vraiment s’en inquiéter ? Quand cela fait souffrir, soi-même ou un proche. De même lorsqu’après un rapport sexuel, que ce soit avec un partenaire ou lors d’une masturbation, en général, on se sent apaisé. Si au contraire, la sensation est plutôt négative, il y a de fortes chances que là encore, le sexe est consommé plutôt que vécu comme positif. 

Bien sûr le sexe drogue est sans doute la drogue la moins dangereuse pour l’organisme mais néanmoins, toute addiction est à prendre au sérieux. Car bien souvent, il est assez difficile de s’en sortir seul quand on est trop atteint. Mais il existe maintenant de plus en plus de spécialistes dans l’addiction. Ce phénomène est d’ailleurs maintenant très bien expliqué.

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