Le vagin, mot tabou

Publié le 10/10/2016 à 22:18

Chaque semaine, nous vous proposons un dossier commenté par certains de nos experts... Et Brigitte, bien entendu !

Entre poésie et anecdotes, François Parpaix et Brigitte Lahaie vous parlent du sexe féminin, de son fonctionnement, de ses recoins. Et la faible utilisation de son nom en dit long sur la façon dont il est appréhendé... Alors cessez d'en avoir peur et osez vous y plonger ! 

L'avis de Brigitte

J’ai le souvenir, à l’époque où je vivais de mes charmes, de rencontrer parfois des collègues qui laissaient dépasser de leur vagin le fil du tampon périodique. Cette anomalie me semblait tout à fait inappropriée puisque nous posions nues pour des photographes amateurs ou professionnels. Devant mon étonnement, elles répondaient : « Mais comment le retirer sinon ? » Ces femmes pourtant sex-models n’imaginaient pas pouvoir mettre deux doigts dans leur vagin. 

Incroyable mais pourtant c’est du vécu. Et d’ailleurs elles n’évoquaient pas ce vagin. Quant à la connaissance plus précise de l’anatomie de leur organe sexuel, elle restait très vague.

J’aime cette formule de Sylvain MIMOUN : « Le gynécologue est le spécialiste de la sexualité mais il ne le sait pas. »

En effet, combien de gynécologues expliquent comment fonctionne le vagin ? Et pourtant le vagin est l’organe de la sexualité par excellence. L’utérus étant celui de la maternité. Quant au clitoris, c’est un plus, une sorte de privilège encore bien souvent trop négligé. 

Si le terme de pénis entre dans le langage courant et possède de nombreux synonymes utilisés par tous - je ne citerai pour exemple que le fameux zizi, grâce à une chanson devenue culte - le terme de vagin reste encore bien tabou. Et ce malgré le succès international de la pièce : les monologues du vagin, qui d’ailleurs mettaient souvent les spectateurs mal à l’aise. 

Je suis au regret de constater que peu d’auditrices, mais peu d’auditeurs également, l’utilisent dans leurs témoignages. Ils évoquent le sexe, terme finalement trop généraliste.

Cela est vraiment dommage car ne pas pouvoir mettre un mot sur une chose la rend insignifiante, mystérieuse voire dangereuse.

Combien de femmes ne parviennent pas à le visualiser ce vagin, combien n’osent pas lui prodiguer la toilette intime adaptée, ni trop superficielle, ni trop intrusive ?

Elles ont entre les cuisses…. un trou, un puit sans fond !

Ce seraient aux médecins, aux gynécologues de les rassurer, de leur prescrire le bon moyen de contraception qui correspondrait à leur problématique. Alors comment faire bien fonctionner son vagin dans ces conditions ?

Pas étonnant que tant de femmes souffrent au moment de la pénétration, sans aller jusqu’au vaginisme. Combien se ferment au moment où elles devraient s’ouvrir ? 

Nos émois sexuels sont au creux de notre ventre, dans le vagin et nous devons encourager les femmes à aller y vérifier la température, le taux d’hydrométrie, la capacité de le muscler. Je ne peux qu’encourager les femmes à y mettre leurs doigts, d’aller à la rencontre de leur vagin afin de devenir sujet de leur désir et de leur plaisir.

 

Dr François PARPAIX

Médecin sexologue et thérapeute de couple 

Le vagin, si méconnu des femmes et tant fantasmé par les hommes, normal qu’il soit tabou : « Déjà que placé où il est. Et puis, on en a tellement dit à son sujet : ironisé, critiqué, moqué quand ce n’est pas abusé. Normal que le silence l’emporte sur la fierté d’en posséder un, mais pas facile après de faire de son bassin, une terre d’accueil rimant avec les mots désir et plaisir… La femme ignore ce trésor enfoui en elle et très peu savent en jouer. »* 

Il reste un long chemin à parcourir pour apprendre à en jouir. Pour les mauvaises langues, ce « cloaque » a fait d’abord couler beaucoup d’encre bien avant que de couler tout court de ce qu’on appelle la « lubrification » et de procurer ce plaisir profond, envahissant et diffu qu’on appelle « l’orgasme vaginal » même si la réalité anatomique et physiologique est plus complexe. 

Combien de femmes savent dire « non » à la pénétration tant qu’il n’est pas correctement lubrifié ? Ce qu’elles en savent a souvent été appris sur le mode de la mise en garde : « Attention à la douleur et à la perte de ta virginité, à l’IVG, aux risques d’infections ; c’est sale, le sang des règles et méfie-toi des abus sexuels ; si tu te masturbes, etc. » Jusqu’à l’avoir associé au mot « hystérie » !

Pourtant, la ballade en vaut le détour. « … C’est que sur le même palier il y a du beau monde. Monsieur clito, en forme de tripode et en gardien du temple, avec son air de ne pas y toucher encercle dame vagin, vaste salle de réception, toujours prêt à accueillir des convives… »** Ambiance chaleureuse donc. Chacun son style ! Si monsieur clito adore être effleuré, caressé, dame vagin préfère être pressée, étirée à l’entrée. Le premier réagit au léchage, à l’effleurage d’une pulpe de doigt ou à la petite vibration d’un gode quand le 2ème préfère la pénétration qui écarte et appuie son orifice ! Pour sûr, les deux font la paire pour jouir de la vie et tant pis pour les pisse-vinaigres qui les mettraient volontiers au rebut ! 

Alors, le vagin, tabou ? Sûrement mais surtout méconnu… Le vagin s’apprend, comme on fait ses gammes. Impossible de ne pas y consacrer du temps… « La rééducation du périnée en post-partum est une excellente opportunité pour se l’approprier ! »*

* Extrait de « Je suis sexologue mais je me soigne » pièce de et par F. Parpaix 

** Extrait de « Pour être de meilleurs amants » de F. Parpaix éd. R. Laffont 2004

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