Vive les fantasmes !

Publié le 10/10/2016 à 22:20

Il est des jours où je quitte RMC avec le cœur empli de bonheur et ce fut le cas hier.

J’abordais la question des fantasmes, un sujet que j’aime tout particulièrement, je vous dirai pourquoi dans un instant. De plus, j’avais pour complice Sophie CADALEN une psychanalyste que j’oserai dire amie. Nous avons eu à l’antenne des auditeurs et des auditrices particulièrement intéressants qui ont su évoquer leurs fantasmes avec beaucoup de vérité. Leurs confidences m’ont beaucoup touchée et je crois que cette émission aura aidé bon nombre de personnes à mieux comprendre le rôle du fantasme.

Alors pourquoi j’aime tant les fantasmes ? Parce qu’ils nous permettent de croire en la vie, de croire en l’avenir même dans les moments les plus difficiles. Notre existence est faite de moments heureux et là, nous restons dans une humeur positive mais si nous traversons une épreuve, il nous reste à rêver pour éviter de sombrer dans la déprime. Or, cette capacité à fantasmer doit se cultiver. 

Trop de gens restent bloqués sur le passé ou le présent, pensant qu’ils ne pourront plus connaître des jours meilleurs. Or, rien n’est jamais sûr. Si vous savez fantasmer, non seulement vous saurez mettre de la fantaisie dans votre quotidien mais en plus, vous pourrez vous imaginer dans des situations plus agréables. Car le fantasme est un désir imaginé, un rêve éveillé. Il a donc une fonction positive sur notre psychisme.

Je sais que bon nombre de Français croient que le monde de demain sera pire que celui d’aujourd’hui. Il est certes moins agréable que celui des années 60, bien que sur le plan des libertés sexuelles rien n’est moins sûr, notamment pour les homosexuels. Néanmoins, je fantasme sur un monde nouveau parce que je crois en la jeunesse de notre pays et aux capacités merveilleuses de l’humain à garder l’espoir.

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Le 08/06/2016 à 07:48

Réponse de ThierryL

Bonjour Brigitte

Je me permets d'apporter mon point de vue sur la dimension des fantasmes. Il me semble qu'il existe un risque inhérent à la perte de sens au regard du réel, à une certaine confusion temporelle qui risque d'égarer les individus concernés.

A mon sens, l’union sexuelle ne peut pas se limiter à une répétition mécanique et appliquée des enseignements, des expériences communes, des apprentissages achevés ni se projeter dans l'illusion des fantasmes.



Il ne s’agirait sinon que d’une machinerie organique.



Et aussi performante soit-elle, elle ne peut soutenir l’extension de l’amour.



Il s’agira immanquablement d’une course poursuite à travers le temps, du passé qu'on regrette au futur qu'on espère, une alternance de leçons apprises et d’objectifs à atteindre.



Du passé au futur en croyant jouir du présent.



Il est faux de se croire aimant sous l’emprise du temps.



Celui ou celle qui fait l’amour dans l'imaginaire n’est pas réellement dans l’amour.



C’est là que l’observation en soi devient indispensable.





Faire :



-Faire la vaisselle.



-Faire les courses



-Faire le ménage



-Faire la gueule



-Faire la guerre



-Faire l’amour







Être :



-Être en retard



-Être en avance



-Être en colère



-Être en joie



-Être en vie



-Être en amour







Il s’agit à mes yeux "d’être" et non seulement de "faire". L’usage de l’auxiliaire est à mon coeur incontournable au regard de l’importance considérable de l’engagement nécessaire.

Si je « fais l’amour », je construis mes actes sur les expériences connues, sur les anciennes émotions, sur les jouissances passées ou les déceptions enkystées, sur les fantasmes et les illusions temporelles, sur le rejet de telle sensation ou le désir de telle autre.



Et je ne suis finalement pas dans l’amour puisque j’impose à l’instant le chaos de ma mémoire, le réseau infini de mes pensées, de mes attentes, de mes espoirs, de mes craintes, de mes peurs, de mes rejets, de mes volontés, de mes intentions.



Il s'agit d'aimer comme on médite. Juste être là.

Qui est là lorsque je « fais l’amour » ? Un être présent ou une machinerie à faire ?



Est-il respectueux d’insérer dans l’amour des schémas anciens ou des illusions immatures ?



Est-ce que les parfums évaporés rendent la fleur nostalgique, comme un passé perdu ?

Est-ce que le printemps à venir rend les arbres impatients, comme un futur à conquérir ?



Être dans l’amour. Comment y parvenir ?

Se présenter, l’âme nue, vierge de tout et pourtant nourri des expériences.



Aimer l’autre sans rien projeter de connu et savoir pourtant ce qui le réjouit.



Il existe par conséquent une hiérarchie, un canal de lumière, comme un cône infini qui descend des Cieux. L’Amour est le soleil à son zénith et les rayons lumineux qui ruissellent sont des nourritures à saisir pour l’éveil des corps.



Le cheminement inverse est impossible.



Il se peut que les âmes soient dans l’amour pendant que les corps s’étreignent mais des corps qui s’unissent sans que les âmes ne soient conviées sont des machines qui frémissent. Nullement des âmes qui jouissent.



On peut faire brûler des bougies, réciter des mantras, masser les corps avec des huiles parfumées, danser nus sous les étoiles, expérimenter de nouvelles postures, s’unir sur le sable chaud ou dans les herbes hautes et être malgré tout en dehors de l’amour.



Il est de ces textes littéraires qui vous font pleurer tant ils vous envahissent. Vous les connaissez pourtant jusqu’au plus profond des fibres, on pourrait penser qu’ils en perdront un jour leur puissance. Et pourtant, il suffit d’en dire la première phrase pour que l’émotion vous étreigne.



Le temps qui passe n’y fait rien. Tout est là, comme une naissance qui revient.



Et rien pourtant n’est jamais identique.



Être devant le corps de la femme que j’aime et me réjouir, non pas comme au premier jour mais juste là, dans l'instant, sans aucun souvenir, ni aucun espoir, accueillir l’offrande comme un trésor inconnu, comme une poésie éternelle, une Terra Incognita.



Ne jamais croire que la cartographie d’un corps est achevée. C’est l’intensité aimant du regard qu’on y pose qui en dessinera l’éternelle beauté, la virginité à redécouvrir, par-delà le temps et les voiles fluctuants des pensées. Le corps qui a été n’existe plus et le corps à venir n’existe pas. Il n’est que celui qui est là et que j’aime.



Ne jamais croire que le plaisir éprouvé peut se retrouver. Celui-là n’existe plus, il est d’un autre temps et l’amour éternel se vit dans l’instant. La mémoire l’encombrerait tant qu’il se retirerait devant l’outrage. Le plaisir s’invente et se vit à chaque étreinte, à chaque regard, caresse et mot tendre, à chaque parole, chaque effleurement, chaque baiser et chaque pensée.

Chercher à reproduire un plaisir ancien condamnerait l’amour à l’entrave.

Chercher à atteindre un plaisir inconnu érigerait des citadelles imprenables.

Il est impossible d'explorer l'amour de l'acte sexuel en succombant aux mirages temporels.

Il n'y a d'individus aimant que dans l'instant.

Il s'agit donc à mes yeux de laisser ruisseler la conscience de l'amour immédiat pour nourrir les étreintes et tout ce qui doit être adviendra.







Être dans l’amour des âmes, hors du temps.



Apprendre à ne plus faire l’amour, se libérer des schémas répétés, s’engager dans l’espace sans aucune balise, pénétrer l’âme aimée par les battants ouverts de ses yeux, glisser en elle avant même de toucher sa peau.



Tout est là, fulgurant, flamboyant, spontané.



Rien d’ancien n’existe et rien de nouveau n’est à créer. Il s’agit uniquement d’être là, impliqué, vierge de tout et maître de sa conscience, agir dans le non agir, sans aucune intention et nourri de toutes les attentions.







Je suis en amour comme je suis en vie.



Et parce que je suis en amour, je pourrai appliquer dans un deuxième temps ce que j’ai appris.



Le cheminement inverse est une limitation programmée.



Les rayons du Soleil ne remontent pas vers la source.



Le plaisir ne nourrira jamais l’Amour. Seul l’inverse est possible.







C’est la vibration des âmes qui emplit les individus, c’est la pénétration des âmes qui comble les êtres, la jouissance de la vie qui rayonne, le courant de la Création qui enflamme, le brasier de la sève qui inonde.



Être en amour pour que les âmes réjouissent les corps.

Namaste.